Canalblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Shangols
REALISATEURS
GODARD Jean-Luc 1 2
OPHÜLS Marcel
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
30 octobre 2020

Pour le Roi de Prusse (Der Untertan) (1951) de Wolfgang Staudte

vlcsnap-2020-10-31-09h53m43s008

Toujours intéressant (si) de suivre les avis de nos commentateurs-cinéphiles éclairés, surtout lorsqu'il s'agit d'un film (de l'Allemagne de l'est) interdit (dans son intégralité) pendant une vingtaine d'années, en Allemagne de l'ouest (c'est qui les censeurs, hein, c’est qui ?). Cette œuvre éminemment satirique, basée sur un livre d'Heinrich Mann, attaque frontalement cette classe moyenne bourgeoise, nationaliste, responsable de tous les futurs maux de ce pays alors sous l'autorité du roi de Prusse, Guillaume II - tout parallèle avec la situation post-seconde guerre mondiale étant fortement possible... Voilà pour le petit rappel historico-critique. Le film, lui, s'organise autour de la figure d'un certain Diederich Heßling (Werner Peters, affable et obséquieux) dont la montée fulgurante, pleine d'opportunisme grâce à l'aide de son propre milieu, ce confortable entre-soi, va conduire le pays à la ruine (une dernière séquence pour le moins explicite et diablement caustique, qui tranche avec l'optimisme forcené de ces teutons imbus d’eux-mêmes et de leurs origines). Depuis son plus jeune âge, Heßling est un suce-boule : premier de la classe qui apprend bien ses petites leçons par cœur, délateur, il a déjà tout pour réussir au sein d'une administration ou comme homme politique. Etudiant, avec sa figure d'éternel poupon, il s'engage auprès des néo-teutons, groupement d'initiés à forte tendance nationaliste. Lâche avec les hommes, lâche avec les femmes, notre homme a toutes les cartes en main pour gravir les échelons en s'acoquinant au besoin avec les bonnes personnes ; patron dictateur, sans aucune empathie pour ses ouvriers qu'il laisse crever sans aucune forme de regret, calculateur à mort, il va se hisser à la force de sa petite moustache nationaliste jusque dans les hautes sphères politiques : les Allemands sont des élus, des conquérants, jusqu'au jour où ils se font détruire...

vlcsnap-2020-10-31-09h54m22s720

vlcsnap-2020-10-31-09h54m35s090

Le film, en prenant un héros aussi antipathique, aussi tête-à-claques, aussi capon, prend dès le début le parti de la causticité, de la critique acerbe. Sous ses petits airs de ne pas y toucher, sous sa timidité, sous sa mollesse, se cache un être capable de la moindre petite bassesse pour rebondir. D'une mauvaise foi terrible avec les femmes, incapable d'assumer certaines responsabilité, son ascension serait presque comique si elle n'était pas dangereuse... Staudte fait le portrait d'un petit bourgeois bien de son temps, aimant à dragouiller de la fille de bonne famille au physique ingrat, aimant boire cul-sec quelques fûts de ces bonnes bières lourdes, aimant à taquiner son adversaire à la pointe de son épée... tout en se faisant balafrer - provocateur dans l'âme mais ridicule au moment des duels -, un portrait d'un homme affreusement pathétique toujours prêt à écraser son semblable pour prendre du galon. Les situations dans lesquelles notre homme se fourvoie, sans être forcément burlesques, laisse au coin des lèvres un petit sourire contrit ; plus notre homme se montre bas, profiteur, plus il parvient à se hisser au-dessus des autres. On est dans la satire à froid et on comprend que le film en son temps put faire grincer quelques dents... Le final, avec cette inauguration de la statue du roi qui vire au désastre (une véritable colère des Dieux boches, qui, on le sait, peut-être particulièrement virulente) et cette dernière image pour le moins parlante, est un point d'orgue pour le moins ironique à cette ascension d'un couillon : conforté par le sien, il se pensait, comme son pays, intouchable. CQFD. Malicieux, insidieux et redoutable. Belle petite musique dissonante de l'ami Wolfgang.  

vlcsnap-2020-10-31-09h55m24s074

Commentaires
C
D'accord avec vous sur ce film (roman très bon aussi). Pour l'anecdote, il existe une bande dessinnée de Nadar (il a décidemment tout fait, pilote, photographe etc) réalisée en 1848 et rééditée par Pierre Horay dans les années 70 : "Vie publique et privée de Mossieur Réac" qui raconte la vie d'un pourri depuis la maternelle. Edifiant et, 155 ans après, toujours drole et incisif.<br /> <br /> :
Répondre
Derniers commentaires
Cycles
Cycle Collection Criterion 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Cinéma Japonais 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Festival de Cannes 1 2
Cycle Western 1 2 3
 
 
Best of : 60's     70's      80's      90's      00's      10's
 
Ecrivains