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19 octobre 2020

Cinquième Set de Quentin Reynaud - 2021

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Je dis souvent en conférence que s'il y a un sport mal représenté au cinéma et pourtant doté d'une dramaturgie impeccable, c'est bien le tennis. A défaut de réussir complètement le challenge, Quentin Reynaud parvient avec son premier film (en solo, en tout cas) à en rendre un peu de la beauté et de la puissance, même s'il lui faut aller chercher dans la sempiternelle biographie heurtée de ses héros le supplément de drame qui ne lui suffit pas dans le sport lui-même. Assez simplement, en ligne droite, il nous raconte l'histoire de ce champion de tennis, jadis espoir français, mais dont l'ambition s'est brisée sur deux balles de match ratées en championnat du grand Chelem. Depuis, Thomas Edisson, 36 ans aujourd'hui, a végété dans le bas du classement, donnant des cours à des enfants et regardant les jeunes loups de la raquette gravir les échelons sans lui. Mais cette fois, malgré ses douleurs au genou, malgré son âge, malgré les doutes de son épouse, il est prêt à retenter sa chance et à participer à Roland Garros. Il lui faudra pour ce faire s'affronter à sa mère dominatrice, à sa réputation de loser magnifique et à l'étoile montante du moment, jeune prédateur aux dents longues le regardant comme un papy un peu pathétique.

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Ancien joueur lui-même, Reynaud connaît la somme de frustrations et d'espoir liée au tennis. Quand il filme les matchs eux-mêmes, il arrive à rendre prégnante la tragédie qui se joue sur un court : ces destins qui se brisent sur un service raté, ces doutes qui assaillent parfois un type en train de gagner, ces retournements de situations complets sur une seule balle. Il parvient à évoquer avec simplicité l'état mental d'un joueur, les images qui l'habitent, et filme par ailleurs les gestes du tennis avec beaucoup de solennité, montrant ainsi qu'il aime profondément ce sport. Dans un montage très habile, hérité à la fois du filmage télévisuel du tennis et d'une vision personnelle de la tension du match, il rend ces scènes passionnnantes, et l'ascension de Thomas devient le vrai moteur dramatique et tendu du film. Comme dans tout bon film américain, il oppose à son héros des adversaires de plus en plus ardus, on pense même parfois à Rocky dans cette façon de montrer un type que rien n'annonce en héros. Certes, il en fait un peu trop sur la fin, déifiant le moindre geste (le dernier plan sur un service filmé au ralenti), montrant chaque micro-épisode du match comme un événement écrasant, et n'évitant pas un certain mélo dans le dénouement. Mais voilà un type qui comprend le tennis, qui en comprend les enjeux, et qui comprend que pour le filmer, il suffit de montrer des corps à l'effort, des visages, des hommes qui se placent face à face, avec juste de discrets allers-retours vers le score. Il faut dire que pour interpréter son héros, il a Alex Lutz, absolument extraordinaire dans sa composition, un jeu à l'américaine qui rend son joueur crédible à mort. J'adore cet acteur, que voulez-vous, et une fois encore il est parfaitement crédible dans un rôle à priori très éloigné de lui. Grâce toujours à son montage très habile, et à son sens du cadre, Reynaud rend invisibles les trucages et on a vraiment l'impression que Lutz est un grand champion de tennis.

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Cinquième Set est malheureusement moins intéressant dans la partie qui se déroule hors du court. Edisson y est filmé dans son contexte familial, avec sa femme (Anna Girardot, moyenne), elle-même ex-championne frustrée, accumulant jalousie et manque de confiance en lui ; et sa mère (Kristin Scott Thomas, moyenne), bourreau de travail ne pensant que tennis, scores et tactiques, dont on sent bien qu'elle a étouffé le jeune Thomas durant toute sa vie. Comme si la tension des matchs ne suffisait pas, Reynaud charge la mule de ce côté-là, et si on apprend quand même pas mal de choses sur les à-côtés du métier de tennisman (notamment en termes financiers), on est vite bassiné par ces caractères déjà vus et ces épisodes surfaits d'engueulades et de confrontation. Le beau personnage principal, convaincu de son talent et de la possibilité de son retour en grâce, qui se heurte à tout le monde, est étouffé sous les scènes anecdotiques et les séquences surfaites, et on pique un somme dans ces scènes-là pour attendre cellles purement sportives. Le manque d'humour et de distance du film, dommageable également, handicape le film et lui donne un côté solennel qui ne lui va pas. Et on repense à Borg McEnroe, qui avait les mêmes défauts : ne pas faire assez confiance à la dramaturgie du tennis.

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