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10 septembre 2020

L'Ange noir (1994) de Jean-Claude Brisseau

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Alors oui, tiens, Brisseau se pique de faire dans le film noir en parsemant son film de petits clins d'oeil obligés qui partent un peu tous azimuts : un chignon à la Hitch, un jeu de piste à la Rivette, une critique sociale de la bourgeoisie de province à la Chabrol (ah l'argent), un érotisme de bon aloi à la... Brisseau (on peut se faire des clins d'oeil à soi-même, c'est possible)… Et au final une œuvre relativement étrange, bizarrement désincarnée malgré les quelques scènes de nu, un peu froide malgré des couleurs chaudes, joliment filmée mais sans folie... On se dit que Brisseau, qui a les moyens, qui a les stars, qui a peaufiné son scénar, veut sûrement un peu trop jouer les orfèvres-cinéastes et en oublie, dans le process, quelque peu le "feu sacré" de son cinoche... L'héroïne, il faut le dire, incarnée par une Sylvie Vartan aussi expressive que son modèle au musée de cire, est pour le coup terriblement robotique, glaçante... Une fois qu'elle a tué celui qu'elle aimait (dans la première scène), elle semble dès lors avoir quitté ce monde - elle dit aux flics qu'elle était en état de légitime défense, que l'homme a tenté de la violer, mais cela sonne aussi crédible qu'un miracle du seigneur ; on comprend le principe sur fond (elle a déjà quitté ce monde) mais cela n'amène guère de nerfs au reste du film... C'est en plus Tchéky Karyo, l'avocat de la belle accusée, (rappelez-vous, l'homme qui jouait moins bien que les ours) qui est en charge de fouiller le passé pour le moins agité de la Sylvie ; il ne fait, le bougre, que suivre les indices qu'on lui laisse ; cela pourrait être drôle, ludique disons, mais notre homme (et sa morgue si dépressive) se retrouve dans un jeu de piste tellement fléché que cette enquête s'avère aussi passionnante qu'une énigme du Club des Cinq. Qui tente de faire chanter (...) la Sylvie (attention, surprise !), quel est ce "double" en quelque sorte qui essaie de la "doubler" (voyez la mise en abyme en 4D ?), c'est là que réside tout le suspense de la chose menée à un rythme aussi frénétique et trépidant que Tchéky twistant...

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Alors oui, il y a sans doute un soupçon de venin dans cette musique originale assez inspirée et inquiétante, envoûtante presque, dans ces scènes d'érotisme où l'on se donne à corps perdus, dans ce personnage de Vartan au cœur tout autant perdu qui agit sans plus y croire (et dont même les souvenirs (tout ce qui lui restait) se verront finalement laminés - l'effet double-lame), on sent que Brisseau s'applique, aimerait livrer une œuvre plus intellectuelle, à double-fond, mais l'effet général reste plutôt lisse... Tous ces petits individus uniquement intéressés par l'argent ont autant d'épaisseur qu'un billet de banque (rien du caractère mesquin et cynique d'un personnage chabrolien), le juge (Michel Piccoli !) est tellement à l'écart de ce monde pourri jusqu'à la moelle qu'il se retrouve avec pas grand-chose à jouer, et le dénouement se déroule avec encore une fois une telle froideur, un petit côté mécanique tellement dénué d’émotion qu'on en finit même par oublier les mouvements de caméra joliment amples d'un Brisseau filmant sa vedette sortant dignement de scène ; tout sonne un peu creux, comme ce bruit de flingue qui claque petitement dans la nuit. Il y a bien ici ou là quelques belles idées de mise en scène (Karyo laissant vaquer son esprit et ses fantasmes lors de la discussion avec le directeur d'Artmédia - une scène brisseautienne "en diable"), il y a bien un certain jeu de reflet entre la mère et la personne qui veut la manipuler qui est en soi intéressant, mais on reste malgré tout un spectateur tristement extérieur à ces petits jeux d'amour et d'argent finalement très convenus. Une tentative soignée mais un résultat qui ne trouble guère.

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