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24 août 2020

Les Ombres (in Télévision de Chambre) (1982) de Jean-Claude Brisseau

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Jean-Claude Brisseau, ce chantre de l’optimisme, cet aède du « fleur bleue », ce troubadour de la joie de vivre nous livre une nouvelle œuvre télévisuelle qui donnerait des envies de suicide à toute personne qui croit encore en l’avenir sur terre. Oui, la vie est rugueuse, et notre ami Pierre n’a pas fini d’en faire la douloureuse expérience dans son putain d’HLM. Au mariage de sa fille, sa chère femme lui annonce que, dorénavant, elle ne se consacrera plus aux tâches ménagères, ne s’occupera même tout bonnement plus de rien, préférant se consacrer à sa « carrière lyrique ». Bien. Pierre va vite prendre lourd, lui le chef d’équipe en usine. Entre le linge sale qui s’accumule, les courses non faites, cette chienne de machine à laver qui foire et la chienlit, on ne peut pas franchement dire que notre gars Pierre s’éclate. Même si l’une de ses filles continue de le soutenir, il prend cher. Un soir, tout de même, sa femme rentrant dépitée (sa carrière vite avortée, après d’ailleurs une intervention de Pierre auprès de son prof de chant), il espère la récupérer à la petite cuillère… Bougredieu, il va devoir écouter sa dulcinée lui raconter tous les malheurs de sa vie, Pierre constituant la pierre angulaire de cette vie de merde… Bref, notre gars est au bord du gouffre et on se dit qu’il ne faudrait plus grand-chose pour lui faire franchir le pas, celui qui le ferait passer par-dessus son balcon pour finir, tout en bas, écraser comme une m…

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Un bien joli conte très anxiogène (unité de lieu) concocté par un Brisseau très en forme, réduisant les petits plaisirs de la vie, en deux plans trois mouvements de caméra, en cendre. Une femme guère aimante, un foyer qui se délite, un taff qui part en vrille, des amis qui se plaignent et au bout du tunnel la lumière grisâtre de ce pâle soleil qui donne sur un balcon en forme de trampoline vers le suicide. Pierre tourne comme un cafard dans cet appart en forme de cage pour hamster ; lorsqu’il tente de rétablir la communication avec sa femme soit il se fait purement envoyer chier, soit elle le met plus bas que terre. Pierre baisse la tête, accepte son sort comme un cheval de trait, se fissure à petit feu. Lors d’une séquence particulièrement longuette, sa femme lui dit ses quatre vérités et on se demande comment notre gars va faire pour en sortir indemne – mais notre Pierre roule, rebondit, avant de s’enfoncer encore plus bas. Ces joies du mariage en images, pour le pire et le pire du pire, font définitivement chaud au cœur. Brisseau tente le clin d’œil bressono-bernanosien sur la fin mais comme pour mieux envelopper le film dans une sorte de tristesse cynique. Des ombres bien sombres, du Brisseau crispant, une œuvre glaçante de noirceur.

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