Light of my Life de Casey Affleck - 2020
Dans la famille Affleck, le manque de talent de réalisateur a été équitablement partagé. De même que le scénario au bulldozer et l'auto-satisfaction. Ce Light of my Life part en tout cas dans tous les sens, tente toutes les approches pour étaler sa morale qui reste un peu douteuse malgré les efforts, et finit par devenir un long film ennuyeux, dénervé et sans grand intérêt. Affleck reste de bout en bout un peu mystérieux dans ce qu'il veut raconter et filmer, à cheval sur un féminisme de bazar assez bas du front et un point de vue mâle traditionnel ; le film est donc flou. A commencer par son point de départ : dans un monde où les femmes ont été décimées par un virus, un père tente de survivre en compagnie de sa fille, immunisée contre le mal. Il fait croire que sa fille est un garçon, pour on ne sait quelle raison. Il y a bien la vague menace qu'on lui enlève sa fille pour en faire une esclave sexuelle (en tout cas, c'est évoqué à un moment), mais il y a dès le départ un vrai problème de ce côté-là : il n'y a pas de menace, on ignore le danger que père et fille encourrent. Le gars déploie pourtant des trésors d'inventivité et d'effort pour rester à distance de la société, campant dans les bois, se prévoyant des portes de sortie dans chaque maison visitée. Tout en continuant d'éduquer la fillette, de lui transmettre ses valeurs (discours édifiant sur la différence entre morale et éthique), et de conserver la mémoire de sa mère (Elisabeth Moss, que l'on entrevoit à travers quelques flashs-back clicheteux qui n'ajoutent rien). Le film est constitué à 90% de très longs dialogues entre père et fille, où, sous prétexte de développer leurs rapports fusionnels, Affleck tire la couverture à lui et vise l'Oscar avec son jeu hyper-américain.
Dialogues d'ailleurs lourdement symboliques : si vous n'avez pas compris que la fable inventée par Affleck sur le déluge duquel est sauvé un couple d'amoureux est une allégorie de la situation déployée par le film, si vous ne saisissez pas que le fait que Affleck préfère parler du héros masculin plutôt que de l'héroïne féminine comme annoncé est un symbole de sa perplexité par rapport aux rapports hommes/femmes, je ne peux rien pour vous. Tout ça a l'air écrit pour les enfants. Ajoutez à cela que, pour faire un film reposant uniquement sur les dialogues (en fait plutôt des monologues d'Affleck, qui fait la preuve d'un sacré orgueil), il faut quand même un certain talent de cinéaste ; or le bougre n'en a guère, avec son découpage ringard et encore une fois auto-centré, et ses scènes répétitives. Bref, le gars a l'air empêtré dans ce mauvais scénario apocalyptique qui ne mène nulle part, et échoue à filmer quoi que ce soit de valable. Sauf deux choses : les paysages, pour le coup très jolis (et dopés par la belle photographie de Adam Arkapaw), et l'action. Cette dernière fait une petite apparition en fin de métrage, et on remarque que Affleck sait filmer deux corps qui se battent, dans la longueur, souffles rauques de rigueur et retournements de situation bien dosés. Deux petits éléments au milieu d'un grand ennui, pour aboutir à une morale discutable (et on revient à la question posée de la différence entre éthique et morale) : non, ma fille, il ne faut pas tuer, c'est mal ; mais si c'est pour empêcher les méchants de tuer ton papa, kill, kill, pussycat. Bon, c'est mauvais, voilà tout, n'en rajoutons point.


