A Master Builder (2013) de Jonathan Demme
Jonathan Demme s'attaque à Ibsen et nous livre une adaptation (forcément) très théâtrale (acteurs bavards et achement impliqués) qui, malgré des pistes intéressantes dans le fond, ne nous émeut guère dans la forme. Eh oui, un texte classique, des symboles, des métaphores à tout bout de champ, de grandes réflexions sur la vie qui peuvent emballer ou sembler un peu usantes à la longue. Soit donc l'acteur mallien (le film lui est d'ailleurs dédié, au gars Louis) Wallace Shawn (avec sa petite tête de fouine) en grand architecte (ouh là, cela sent la franc-maçonnerie ou le démiurge... voilà, vous voyez, ça commence). Halvard Solness (c'est son nom de scène) est sur son lit de mort et s'il semble être devenu une valeur sûre dans son travail, une référence, le gars semble un peu plus merdeux dans sa vie personnelle : une femme (un peu déchiquetée) qu'il abhorre, une secrétaire qu'il se tape, un collègue (qui doit se marier avec la secrétaire) qu'il méprise (Halvard a trop peur que ce partenaire finisse par prendre sa place et par l'écraser - Halvard sait de quoi il parle : il a fait pareil avec le père de cet assistant). Bref, il semblerait qu'il ait bien des choses à se faire pardonner avant de passer à trépas... D'ailleurs son cœur s'accélère, on pense que cela va se réaliser et puis bling, nous voilà dans une sorte de parenthèse rêveuse : une jeune femme arrive et semble "ranimer", pour ne pas dire "ressusciter" ce petit charmeur. Notre architecte retrouve sa forme auprès de cette jeune femme qui va un peu tarder à lui dire son secret : se souvient-il, ce bougre exalté, quand il a abusé d'elle alors qu’elle avait treize ans ? Halvard fait un peu moins le malin et on pense qu'il va prendre cher... en fait, la jeune femme, entre deux grands rires, apparaît à l’usage plus comme une sorte d'ange gardien que comme une âme vengeresse. A petits coups de charme, elle va amener Halvard à reconnaître et à réparer certaines de ses erreurs... Avant qu'il ne sombre définitivement...
On s'accroche à ces lignes de dialogues comme Halvard à son lit d'hôpital. Si on trouve, perso, que la façon de filmer est un peu dégueulasse (pardon) - cette caméra portée, ces changements brutaux d'angles de prise de vue (c'est surement censé péter le côté théâtral… alors que cela, je trouve, le renforce)... brrrr -, on sera sans doute un peu moins dur avec l'interprétation des uns et des autres (même si ce n'est pas franchement notre tasse de thé). Wallace Shawn fait son petit numéro habituel : assommé par les reproches (avec sa tronche toute contrite), il ne continue pas moins à se montrer un dragueur acharné qui noie les autres sous les mots. Lisa Joyce, son ange gardien, tente plus ou moins de le déstabiliser en alternant les paroles tranchantes et les grands rires désinhibiteurs. Julie Hagerty, la femme de Wallace, avec son petit air constamment revêche fait aussi bonne impression en venant constamment casser l’ambiance... Seulement voilà, ce huis-clos malgré ces tours et ces détours dans la psychologie de ce "créateur" se révèle aussi démonstratif que le pronom "celui" et on a hâte d'en finir avec ce personnage retors pour le moins antipathique. Ses ultimes petits actes de contrition ne sauvant d'ailleurs pas grand-chose par rapport au mal qu’il a fait. Du théâtre filmé qui nous laisse (malgré l'intérêt de la pièce d'Ibsen et ses circonvolutions métaphysiques) un peu en plan. J’ai décidément du mal avec Demme.



