LIVRE : Les grand Cerfs de Claudie Hunzinger - 2019
Ah nom de Dieu le retour à la nature, à la vie sauvage, loin de ces maudits contemporains, ces charognards chasseurs ou ces administrateurs sans âme... Claudie, déjà logée aux confins du monde avec son compagnon fantomatique, s'enfonce dans les bois pour observer les bois, que dis-je, la ramure et l'œil fissuré, de ces cerfs plus fiers que notre temps. Voilà un ouvrage à la chlorophylle qui devrait plaire à notre mentor Greta, celle qui, avec le regard terrible d'une gonzesse exorcisée, te fait bien comprendre qu'il est de toute façon déjà trop tard – meurs, vieux lâche (putain, you're right Greta, j'aurai fini de cotiser à la retraite qu'il n'y aura plus de forêt tu vas voir). Mais revenons au récit d'Hunziger, elle qui, après avoir côtoyé de loin ces secrets animaux des bois se met martel en tête qu'il vaut le coup de les observer ; comme s'ils étaient les derniers récipiendaires de la sagesse du monde, ces êtres qui brament deux mois par ans et dont les bois tombent chaque année aussi dramatiquement qu'un gilet jaune lors d'une manifestation pacifique : mais la ramure du cerf, chaque année, heureusement, se régénère (toujours plus fort, toujours plus haut) et c'est un miracle de suivre ces individus si mystérieux, si sauvages, si purs, si fugaces... avant qu'un chasseur ne les abatte froidement pour mettre son trophée sur la cheminée. On sent toute la dévotion de Claudie pour assouvir sa nouvelle passion, passant plus de temps à l'affût dans des conditions terribles (ces cons de cerf aiment à sortir quand il n'y a personne dehors) qu'à tenter en un sens de renouveler le dialogue avec ses pairs - seules une poignée d'artistes en marge trouvent grâce à ses yeux (de biche); la personne qui l'initie à cet art de l'affût, de l'observation, du regard patient, étant surement au final l'être que la déçoit le plus : on est définitivement en train de tout bousiller, la nature comme les valeurs de base... On sent dans ce récit d'une personne en totale communion avec son environnement proche (et ce même si elle nous gonfle un peu avec ses tailles de ramure) comme une petite bouteille jetée à la mer, une mer déjà desséchée, bourrée de plastique ; oui, l'ouvrage sent autant le sapin que la sciure comme si cette humanité était entrée dans un cycle infernal et totalement assumé de destruction massive (et pourtant il reste encore des outardes, j'ai vu la dernière hier). Un récit habitée par son sujet, sin-cerf (on glisse volontiers au côté de Claudie lors de ces attentes infinies) avec dans le fond des petits relents d'odeur d'humus pas si déplaisants- comme s'il était finalement grand temps d'enterrer le genre humain avant qu'il ne pourrisse la terre entière. Prix Décembre, ça sent forcément la fin. Dans l'air du temps, dramatiquement.
