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18 janvier 2019

LIVRE : Sérotonine de Michel Houellebecq - 2019

1_9782081471757-1-75Sacré Houellebecq, j'avais oublié combien le type pouvait être drôle - au moins sur les cinquante premières pages où notre type aligne les phrases caustiques... Ensuite qu'en dire franchement ? Soit donc un type de 46 ans (l'âge parfait j'ai envie de dire, sauf si on en reste là : De Nerval et Baudelaire en ont fait les frais - encore quatre mois à tenir, personnellement), qui parle de ses boulots de merde (ah l'agriculture, ah Monsanto, ah la commission européenne... Le type essaie d'y croire, pense qu'il peut encore changer la vie puis plus), qui parle de « ses » femmes avec plus ou moins de gentillesse (« tant qu'elles sucent » semblant quand même le critère d'excellence), qui parle surtout de sa déprime (vivons malheureux en attendant la mort, Houellebecq c'est Desproges sans aucun espoir). Le moins qu'on puisse dire, c'est que notre gars fait feu de tout bois et vogue sur des domaines aussi disparates que les manifs agricoles (la tragédie pointe), la zoophilie (ouais, j'ai encore du mal à l’avaler, le passage), l'infanticide (bouarf), les armes ( ? Houellebecq avec un flingue ? c’est aussi crédible que moi en couple avec Jean-Pierre Pernaut), la pédophilie (saloupiot de boche), de cul (de l'obsession de la fellation à la débandade...), de romantisme (si, il y a une phrase, si on cherche bien), de la solitude (pas plus mal d’être seul, hein, mais pas terrible non plus), de pas grand-chose finalement (on connaissait le type plus disert sur les thèmes sociétaux, il semble ne plus du tout avoir la foi pour se lancer dans des théories à la con). On sourit donc, au moins au départ, puis on grimace devant certains passages, on ricane un brin (le name dropping chez Houellebecq, tout un art qui vient de nulle part), puis on pleure un peu : le gars semble, impression ressentie dès le départ qui se confirme rapidement, écrire au fil de la plume, sans trop savoir vers où il va (il attaque, tel le film Mammouth, un tour de France de ses connaissances masculines et féminines - sans y prendre vraiment plaisir, l'animal n'étant ni nostalgique, ni une bête à vivre le présent, ni une machine à se projeter dans l'avenir d'ailleurs... On sent le gars s'enfoncer de plus en plus dans le cynisme, dans le pathétique, dans l'absence du goût de vivre, on a peine un peu pour lui et on serre un peu les fesses d'autant que son écriture s’avère de moins en moins efficace. Il y avait une certaine « idée » au départ dans ces phrases juxtaposées à la syntaxe parfois étrange (petit effet voulu ou personne ne le relit, pas même lui ?) mais le processus s'épuise un peu en cours de route ; son écriture devient un tantinet lancinante, sans guère de rythme. Il y a bien encore ici ou là deux ou trois conneries pour la galerie mais on quitte la chose en se demandant bien, cette fois-ci, où le gars Miche-Miche voulait vraiment en venir... Le monde agricole se meurt (bon), la société se meurt, sa bite se meurt, et même la sérotonine ne semble même plus être un sujet central, à tout prendre... Un bouquin parfois drôle, qui part un peu dans tous les sens, à la syntaxe parfois douteuse, un Houellebecq à la coule qu'on devrait vite ranger et oublier dans les rayons. Je vais me prendre une petite vitamine C, tiens.   (Shang - 16/01/19)


870x489_20190104_175628Absolument d'accord avec ce qu'en dit le gars Shang : le "phénomène" Houellebecq fait cette fois un peu flop, et on se retrouve devant ce bouquin un peu dubitatif. D'abord parce que l'écriture est cette fois bâclée. Non, personne ne corrige plus Houellebecq, à quoi bon puisque le type engrange des euros comme d'autres de la bonne paille ? Allons-y donc gaiement pour ces phrases tordues, ces approximations grammaticales, ces répétitions, ces rythmes bancals. On a vraiment l'impression que le gars a écrit ce premier jet en une semaine, puis a laissé tomber. La langue, d'habitude si précise (mais c'est vrai qu'elle a tendance à baisser depuis La Carte et le Territoire), est ici pénible, et on grimace très souvent devant les à-peu-près et les ponctuations floues. Sans parler des erreurs pures et simples (non, l'album "à la vache" des Pink Floyd n'est pas Ummaguma). Avant on pardonnait tout à Houellebecq grâce à son écriture ; comme elle vient cette fois-ci à manquer, on tente de se réfugier dans le fond. Malheureusement, de ce côté-là, il faudra aussi ronger son frein : le livre ne raconte rien, balançant ses épisodes au petit bonheur la chance en espérant que ça fasse cohésion. L'exemple le plus frappant est cet épisode où le "héros" traque un pédophile allemand, épisode complètement isolé du reste, et qui semble ne devoir sa présence qu'à un souci d'être le plus graveleux possible (je note au passage que mon camarade frémit quand on encule un chien, mais pas quand une petite fille de 10 ans suce un beauf, bon, eheh). Complaisant et racoleur, Houellebecq convoque toute la panoplie des perversions possibles, et les place dans un joyeux désordre au sein de son bouquin, en attendant que ça ressemble à du Schopenhauer. Non, ça ressemble à un roman bâclé écrit par un pépé obsédé sexuel, qui use d'un ton volontairement détaché pour cacher sa fascination pour le glauque. Schopenhauer, LE modèle houellebecquien depuis toujours, a une sorte d'élégance dans le malheur, ce qui manque beaucoup à Sérotonine.

Admettons qu'on se marre souvent devant ce désespoir brandi comme une sinécure par le personnage, dont les dernières passions ne se portent plus que sur les chambres (fumeur) des hôtels Mercure, le Chablis et les chaînes sportives de SFR. C'est vrai que ça et là on retrouve le dandysme cynique de l'auteur qu'on aime, et qu'il parvient toujours à être d'aujourd'hui, et à regarder le monde avec une distance glaciale mais hilarante. Avouons qu'on ricane aussi pas mal devant ses provocations contre les "lopettes", les femmes, les hommes, l'amour, les paysans, la nature, les escort-girls et les néo-ruraux ; si elles n'effraient plus vraiment, si on a compris le principe (c'est le fond de commerce de Houellebecq, il ne peut pas s'empêcher de provoquer), elles sont au moins poilantes, et quelques formules restent assez fulgurantes. Avouons aussi que, si le but était de nous déprimer au-delà du raisonnable, les dernières pages y parviennent sans problème : le gars est sainement dépressif, et arrive bien à nous transmettre le virus (j'ai bu un litre de rhum juste derrière). Mais il n'en reste pas moins que l'écriture de Houellebecq est de plus en plus hésitante, que le sieur ne semble plus avoir envie de travailler, et que ses éditeurs ont refusé depuis quelques temps de lire ses livres. Le plus faible de son auteur, indéniablement.   (Gols - 18/01/19)

Commentaires
F
C'est facile à lire et ça parle d'aujourd'hui, de la connerie des normes et incitations, avec du loufoque et du porno pour retenir l'attention tant l'auteur sait les lecteurs blasés et veut échapper au politiquement correct. Un quadragénaire à l'aise financièrement se retrouve seul et déprime notamment dans les hôtels Mercure et dans la pampa de la Suisse normande où les manifs et suicides de ploucs ne sont pas nouveaux, où les contradictions de l'écologie sont flagrantes. Il prend un médicament pour retrouver l'estime de soi (problème de gilet jaune) mais sa libido s'en trouve affectée et il va regretter le bonheur simple qui était à sa portée. Rien d'autre d'intéressant à lire en ce moment et depuis pas mal de temps s'agissant de la France métropolitaine.
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