The Ballad of Gregorio Cortez (in American Playhouse) (1982) de Robert M. Young
Une petite erreur de traduction et voilà comment on peut détruire une famille mexicaine... A partir de ce pitch original - et édifiant (d'après a true story), Young nous fait la démonstration que le racisme (entre English et Spanish speakers du sud des Etats-Unis - on est au tournant du siècle dernier, en 1901 exactement, à la frontière et forcément que le film trouve aujourd'hui un léger écho trumpiste : la collection Criterion est d’ailleurs encore à l'affût), ben c'est mal et surtout quand cela part, pour le coup, d'une connerie pure et dure. Le film pour l'heure n'est point sous-titré car tout se barre en vrille à cause d'un simple mot mal compris : un shérif vient interroger un mexicain paisible et deux minutes plus tard deux hommes se retrouvent à terre, en sang... C'est, forcément, le Mexicain qui a déconné et voilà une ribambelle de cornards de cow-boys partie à ses trousses... Notre homme traqué comme une bête a beau tenter de multiplier les feintes, l'on sent que son arrestation est inéluctable... Bien qu'il soit loin d'être coupable (on comprendra, sans être forcément hispanophile, rassurez-vous, l'astuce langagière fautive...) notre homme, avec ou sans procès, risque de se faire salement lyncher. Putain, life is so injuste.
Sur le fond, le film aurait bougrement sa place dans un dossier de l'écran spécial "tolérance, étrangers et problèmes linguistiques" ; l'histoire pathétique de Gregorio Cortez (dont on chante encore les malheurs) est terriblement exemplaire de la bêtise humaine, bêtise encore plus crasse puisqu'elle émane de cow-boys à l'esprit aussi poussiéreux que leurs santiags. On sait depuis Ford (avant il n'y avait rien) que les hommes entre eux ont une effrayante capacité à s'exciter "contre l'ennemi", des hommes capables de débrancher totalement leur cerveau à la moindre occasion (quant aux journalistes assoiffés de scandales, ils méritent amplement un bas traitement mélenchoniste - ici, hein, sachons raison gardée)... Bien. Sur la forme, alors oui, cela sent parfois, vu l'aspect granuleux de l'image (en particulier dans les scènes d'intérieur - les images procès sont particulièrement ternes) un peu le téléfilm eighties vintage ; la critique est assez facile. Cela ne veut pas dire pour autant que la mise en scène de Young est plate : il est capable de monter sur ses grands chevaux aussi bien lors des scènes de violence (sèche et brutale : le coup de feu à bout portant est mauvais pour la santé) que lors de séquences de poursuites non dépourvues d'un certain lyrisme (si on coupe la musique Bontempi vintage, certes) : la fuite de Cortez poursuivi par une foultitude d'hommes à la fois à cheval et sur un train (!) vaut le détour. Young a également la chance de pouvoir s'appuyer sur deux acteurs qui donnent tout : Edward James Olmos qui se décharne littéralement pour interpréter Cortez et l'excellent James Gammon en shérif buriné, moins con finalement qu'il en a l'air. Dommage que la fin tente de jouer sur un côté tire-larme et niaiseux un peu fastidieux (faut pas filmer des mioches dans les deux dernières minutes, c'est trop fastoche) car ce téléfilm, issu de la série American Playhouse, a d'indéniables qualités en soi. Bon et honnête dossier pour l'écran.



