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17 mai 2018

Plaire, Aimer et courir vite de Christophe Honoré - 2018

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Christophe Honoré a bien dû comprendre que ses expérimentations récentes (le très beau Les Malheurs de Sophie, l'honorable Métamorphoses) le conduisaient vers un échec commercial retentissant, malgré leur grande personnalité. Le voilà donc qui revient sur les sentiers beaucoup plus rassurants du film générationnel parisien, genre qui lui valut jadis les honneurs et qu'il sait filmer les yeux fermés. Plaire, Aimer et courir vite, c'est Les Chansons d'amour sans les chansons : ça en a la légèreté, la grâce, et ça en a également l'inconsistance et la tête à claques. Tout ça est très mignon : les amours hésitantes entre Jacques, écrivain, intellectuel, séropositif, et Arthur, de 15 ans son cadet, jeune bi-sexuel prêt à toutes les expériences, léger et joyeux, sont racontées avec entrain, on a sagement rangées toutes les étapes de cet amour parfois tumultueux mais aérien, on sourit quand il le faut aux petites trouvailles de l'un pour séduire l'autre et de l'autre pour baiser l'un. C'est fait dans une mise en scène de très bon goût, éclairé aux petits oignons, monté avec soin, et surtout accompagné d'une musique top-fashion hype de la vibe des Inrocks qu'il faut écouter si tu veux en être. Et Honoré veut absolument en être ; il veut faire la couv des Inrocks, il veut faire partie du club, il veut remplir son caddie, il veut faire partie des homos-bobos parisiens chics capables de parler de sida en écoutant Massive Attack, Cocteau Twins, Ride et... Anne Sylvestre (toujours mettre un truc désuet dans une B.O., règle première), d'avoir un sourire doux-amer en dansant comme un fou. C'est parfaitement joué, Pierre Deladonchamps (en autoportrait du cinéaste lui-même) est beau et profond, Podalydès est drôle et pathétique, le scénario ménage ses surprises, ses scènes de comédie finaudes, et on a même droit ça et là à quelques pointes de drame poignant (la mort d'un amant, la perte d'une amie, l'ennui des théâtres de province si misérables par rapport aux grands théâtres parisiens avec leurs hôtels minables qui sentent la javel ma pauv'dame).

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Vous l'avez compris : c'est pas pour faire mon malin par rapport au concert de louanges entourant ce film, mais je m'en suis battu les parties avec une raquette de jokari. Très sentimental, à la limite du sucré, Plaire, Aimer et courir vite cultive une espèce d'émotion juvénile qui ne m'a jamais touché, et a même provoqué de l'ennui total. On regarde passer ces scènes légèrement indifférent à ce qui arrive à nos personnages, qui peuvent s'aimer, se quitter, s'enculer ou se passer des coups de fil érudits (la conversation infiniment longue autour des différentes sortes d'amants m'a achevé) sans que quoi que ce soit bouge dans notre petit coeur. Peut-être à cause d'une espèce d'entre-soi qu'on devine dans le film : si vous n'êtes pas né dans les années 70, n'êtes pas homo ni parisien, vous êtes exclu de ce bazar qui en recycle tous les symboles d'appartenance. On a un peu envie de mettre des claques aux acteurs devant leurs mines de petits malins (la scène de rencontre au cinéma : moi, je mets un taquet aux deux et au lit sans manger), ce qui est dommage quand on sent combien Honoré voudrait nous faire partager leurs désarrois et leurs amours, voudrait qu'on soit en empathie avec eux.

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Deux qualités émergent pourtant de cette indifférence polie : d'abord Vincent Lacoste, absolument extraordinaire (et c'est la première fois qu'il a un rôle à jouer), drôle, léger, qui parvient à rendre son personnage attachant malgré son inconstance et son côté je-m'en-foutiste. Il est romantique à souhait, vraiment parfait, et rompt avec le jeu un peu clicheteux des autres acteurs : un vrai personnage. Il n'y a que dans les scènes de sexe (par ailleurs assez ridicules) qu'il a l'air mal à l'aise. Et puis, il y a sur la fin du film une scène casse-gueule et que Honoré réussit avec brio : un monologue de Lacoste sur un canapé, entouré de ses deux "amants", scène clin d'oeil à La Maman et la Putain, qui en invoque toute la puissance mais le transforme en quelque chose de nouveau, à cheval entre le pastiche et l'hommage. Excellent moment suspendu dans un film sinon anecdotique et ennuyeux, qui semble avoir posté un vigile à l'entrée pour vérifier qui en est et qui n'en est pas.

Commentaires
S
"une scène casse-gueule et que Honoré réussit avec brio" : je trouve pas, non, on est très très très très loin d'Eustache, mais passons... Il y a deux trucs qui plombent surtout ici : la platée de citations (c'est fatiguant et ostentatoire : le fond de commerce honoréen ?), et que tout tient sur une certaine nostalgie mais une nostalgie gratuite, qui ne crée aucune plus-value.
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S
Merci, c'est dit. Mais en cinéma, il n'est pas très intéressant...
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F
Mais, mais, Christophe Honoré est un grand auteur de livres pour les enfants (J'élève ma poupée, Tout contre Léo, Mon coeur bouleversé.... des merveilles de drôlerie ou de sensibilité). Ca n'a rien à voir avec la choucroute? Oui je sais, mais je voulais le dire.
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S
Oui non mais concernant les films de Christophe Honoré, on peut en avoir vu et en parler. Il est soutenu très fort par le triangle des Bermudes (Libé-Le Monde-les Inrocks- Les Cahiers) qui en fait est un carré, et par quelques communautés. Son cinéma est bobo et imbuvable. Inaudible lorsque c'est en musique.
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J
D'Honoré, il n'y a que le Balzac du "Colonel Chabert", le reste ? Pffuuiittt ! Ah, si, bien sûr, le Saint Honoré, cette architecture de pâte à choux que l'on peut engloutir sous une avalanche de crème chiboust. Le reste ? Y a pas de restes.
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