Les Proies (The Beguiled) (1971) de Don Siegel
Un film de femmes entre elles ? Pas vraiment puisque l'ennemi Yankee (l'action se déroule dans le sud en pleine guerre de Sécession) Clint Eastwood va faire son apparition et bouleverser ce gynécée - de 13 (une autre époque) à 77 ans, elles vont quasiment toute succomber... Un tombeur ce Clint ? Un tombeur sachant tomber mais qui devrait tout de même se méfier des escaliers...
L'entrée en matière est brute : un homme en sang qui, alors même qu'il se cache des troupes sudistes de la région, embrasse derrière un arbre le jeune angelot - de 13 ans donc, hum - qui vient de lui sauver la vie ; elle ramassait alors des champignons (on s'apercevra que le champignon est rond comme le chapeau des bretons et que cet élément permettre à Siegel de parfaitement boucler la boucle ; Les Proies ou De Champignons en Champignons). C'est la panique dans cette école de jeune fille qui depuis la guerre n'a point vu en ses murs un quelconque mâle. On décide au départ, par pure charité chrétienne, bien sûr, de soigner cet homme avant de le livrer, une fois rétabli, aux Sudistes. On sent que le prétexte est aussi gros que celui qui consisterait à supprimer le harcèlement sexuel dans un film porno (mais un jour on y viendra, si si). Rapidement, Eastwood se rend compte qu'il est au centre de l'attention ce qui ne laisse point de bois : de l'amour platonique et innocent de la chtite ado à celui de la maîtresse de maison (Geraldine Page, encore alors à la page) en passant par la vierge de 22 ans, Edwina, ou la petite dévergondée de 17 ans (une autre époque), une multiplicité de choix s'offre au Clint : il est résolument passé de l'enfer de la guerre au paradis des frustrations féminines et il s’en frotte les mains. Enfin, rapidement, tout de même, il se rend bien compte qu'il va falloir la jouer très fine pour ne pas devenir à son tour la proie de la jalousie ou de la vengeance. Sa vie, en ce milieu hostile (féminin et sudiste), reste en sursis : pour vivre heureux, il faudra qu'il apprenne à vivre caché- mais on sait aussi le Clint un peu pataud.
Certaines situations sont forcément tendues comme un corset de jeune fille (on aime à s'embrasser dans les recoins ou quand la lumière se fait plus tamisée) mais on s'amuse surtout des multiples allusions sexuelles dans les dialogues ; on pensait être dans un monde de totale pruderie... et les jeux de mots sur l'acte sexuelle fleurissent (les femmes n’étant pas les dernières pour les réparties). Clint garde l'oeil constamment rieur (roh, l'aubaine), fier de pouvoir faire le malin et le mâle, prédateur unique de proies multiples... Mais le bougre prend un peu trop la confiance et reçoit rapidement un avertissement sans frais : il peut jouer, certes, mais sans se faire prendre sinon... il risque ainsi une première fois d'y laisser sa peau suite à la trahison de la petite dévergondée. Il va falloir jouer serrer à mesure que les occasions se font plus franches : pratiquement chaque femme de la maisonnée lui ouvre après quelques jours la porte de sa chambre ; s'il cède à la tentation (les divers images christiques picturales qui émaillent le récit), il faudra qu'il le fasse intelligemment (mais autant demander à un mâle de ne pas penser avec - on se comprend). La chute pourrait être rugueuse et plus violente que prévue - car la vengeance d'une femme peut se révéler plus perfide et efficace que la connerie guerrière des hommes. Eastwood, sûr de son charme, livre une composition des plus plaisantes dans cette oeuvre politiquement incorrect (verbalement et machistement) d'un Don Siegel brut de pomme qui laisse, finement, le mot de la fin aux femmes.



