Tickled de David Farrier & Dylan Reeve - 2017
Typiquement la fausse bonne idée. Tickled croit pendant un moment avoir mis le doigt sur un truc énorme, mais quand il s'avère que le truc en question fait pschiiit, les réalisateurs s'accrochent malgré tout et finissent par produire un faux film à scandale. Total : on est dans le faussement terrible, les gusses compensant le manque de matière par des oooh et des aaah, des caméras cachées effrayantes et une tension inutile. La mise en scène spectaculaire ne parvient pas à dissimuler le vide du sujet. Si matière il y avait, c'était plutôt dans le pathétique d'une pratique que dans la monstruosité d'un personnage.
Je m'explique : à la recherche d'un sujet fun pour une émission de télé, le réalisateur tombe sur des vidéos barrées de compétitions de chatouilles, où des gusses baraqués et attachés se font chatouiller par d'autres gusses en survêt. Mise en scène torve, ouvertement gay, que notre gusse décide d'inclure à son émission. Mais en réponse à sa demande d'interview, il reçoit une série de messages injurieux, homophobes, de plus en plus menaçants au fur et à mesure de ses relances. Le doc devient alors une course contre le mystérieux producteur de ces vidéos, personnage schizophrène et ambigu, violent et complètement barré, véritable menace contre tous ceux qu'il trouve en travers de son chemin. Manipulation mentale, perversions narcissiques, mégalomanie, paranoïa, le type semble cumuler toutes les tares, et les aurait traduites par ces films néo-pornographiques de chatouilles.
Le souci, c'est que, sorti de ça, Farrier et Reeve n'ont pas grand-chose à raconter : le personnage qu'ils débusquent est malade, certes, mais c'est tout. Ne le rencontrant (presque) jamais (le mec se surprotège derrière ses millions de dollars), ils sont donc contraints de tourner autour du pot, dramatisant à l'excès le moindre petit bout de pellicule. Exemple criant : quand ils ont enfin accès au lieu du tournage des vidéos de chatouille, ils restent poliment sur le seuil, n'osant aller fouiller, n'osant même questionner leur propre fascination. Ils ont l'impression d'avoir trouvé un Graal, mais ne fouillent jamais leur sujet : on ne saura rien de cet homme, ni des rouages de sa passion, et en plus on trouve ses agissements (et non pas ses réactions, entendons nous bien) somme toute bien innocents. Très mal construit, trop rapide au départ, trop long par la suite, le film lorgne pourtant du côté du maître Herzog, accent de voix off en appui : on a découvert un pervers ultime, un monstre moderne... mais ce n'est qu'un pauvre con sans envergure, too bad. Au final, les seules images dérangeantes sont ces vidéos bizarres de chatouilles, véritables happenings légèrement torves qu'on regarde sans vraiment savoir ce qu'elles ont de bizarre, avec une vraie gêne liée sûrement à l'aspect sado-maso et en même temps grotesque de la chose. Tout le reste du film, même si Farrier et Reeve sont persuadés du contraire, est bien gentillet.


