Phase IV (1974) de Saul Bass
Après avoir bataillé pendant cinq jours contre les cafards dans mon nouvel appart (ne jamais faire confiance à un enculé de hippie niveau hygiène), rien de plus naturel que de mater un film sur les fourmis. Oui, ces saloperies de fourmis qui, comme les hordes barbares en d'autres temps, ont décidé d'envahir le monde. Leur galop d'essai se passe dans le désert où elles ont érigé des colonnes digne de Stonehenge. La fourmi est ambitieuse, toutes les diverses colonies conspirent enfin ensemble pour détruire leurs prédateurs ; araignées, mantes religieuses y passent, prochain objectif : l'être humain. Heureusement deux chercheurs (un entomologiste barbu et un informaticien capable de déchiffrer les messages desdites bêtes) sont sur le qui-vive, bien décidés - tout en récoltant des infos - à contrer ces insectes qui se la pètent. Pas fine, la fourmi ? Pas si sûr : leur sens de l'adaptation, de l'anticipation et leur capacité à se solidariser pourraient bien mettre à mal nos deux chercheurs qui jouent, soi-dit en passant, bien mal la comédie (l'une des grosses faiblesses de la chose, malheureusement).
On sent toute la passion de Bass (un long-métrage à son actif – ça, c'est fait) pour ces maudites petites bébêtes qu'il filme avec un soin extrême ; il choisit des espèces plus ou moins bizarroïdes pour que les bestioles apparaissent comme de véritables dinosaures en miniature ; effet menaçant parfaitement réussi d'autant que les nappes musicales du gars Brian Gascoigne foutent une ambiance qui met les pétoches. Face à nos bêtes capables de cisailler une direction de voiture, de faire péter un générateur ou de s'adapter à divers poisons (un poison jaune ? Eh bien créons une race de fourmis jaunes avec le colorant nocif incorporé), nos deux chercheurs font très rapidement moins les malins. Le barbu (piqué par une bestiole, il a un bras qui enfle à vue d'œil) tombe assez rapidement dans l'hystérie et semble prêt, tel un petit dictateur nord-coréen peu raisonnable, à faire péter une bombe atomique pour éradiquer de la surface de la planète ces "ants" qui le hantent. L'autre, l'informaticien linguiste, veut se la jouer plus maline. Comme il a vu Arrival, il tente de rentrer en communication avec ces insectes au langage discret mais faisant preuve de compétences en mathématiques absolument remarquables... Il va cependant vite comprendre que les bêtes cachent bien leur jeu - il pourrait d'ailleurs bien être le premier à en faire les frais : l’éternelle histoire du le manipulateur manipulé. Ajoutons aussi dans ce quasi huis-clos en labo une jeune donzelle qui les a rejointes suite à un drame fourmilier familial. Elle connaît deux expressions, l'effarement et l'effarement mais elle le fait très bien... Pour la touche érotique c'est pas vraiment cela, si ce n'est, lors de la scène clé du film, le subtil téton qui pointe pour remettre tous nos sens en éveil.
Saul Bass signe un film anxiogène (après Les Oiseaux, Les Fourmis) qui fait son petit effet. Il n'est malheureusement pas à l'abri des baisses de rythme, des séquences un peu longuettes (les pseudos discussions scientifiques qui sonnent creux) et des dérapages comiques dus au jeu un brin outrancier de ces deux acteurs de mini studio. Restent tout de même au final une œuvre joliment maîtrisée notamment au niveau esthétique, quelques séquences parfaitement montées (la fourmi qui échappe au barbu - il pète tout au passage pour essayer de la détruire ; ou celle qui va son petit bonhomme de chemin sous les vêtements de la jeune héroïne) et un scénario plutôt malin montrant que les petites bêtes sont souvent beaucoup plus finaudes que les grosses. Bonne phase et good vibes.



