Afrik'Aïoli de Christian Philibert - 2013
De temps en temps le bon temps des colonies refait surface dans les recoins un peu rances du cinéma populaire français, et on a à nouveau envie d'appeler son voisin bamboula, et de boire un pastis parce que, ça vaaaaa, si on peut plus s'amuser. Philibert n'est pas raciste, je ne dis pas ça. Mais son film est cloaqueux, reconvoquant une supériorité qu'on croyait enterrée depusi longtemps. Attention : chez lui, la condescendance est équitablement distribuée, blancs et noirs sont pris dans le même bain. Les Marseillais ont le verbe haut, boivent du Ricard, jouent à la pétanque et pratiquent la mauvaise foi ; les Africains sont filous, paresseux, débrouillards et ils aiment danser. C'est bien connu, où ça des clichés ? Philibert déploie donc sa trame "documentaire", et fait se rencontrer les uns et les autres. Les Marseillais (ou pour être plus précis, les Espigouliens, le film étant une sorte de spin-off des Quatre saisons d'Espigoule, du même) décident de partir en vacances au Sénégal, et dès le départ c'est la galère : ils n'arrivent pas à fermer la valise, ils ont chaud, la voiture tombe en panne, enfin on se marre comme des bossus... oui, ou pas, c'est vrai. Ce con de Sénagalais ne sait pas écrire "espoir", sa voiture date de Mathusalem, et à chaque arrêt il essaye d'escroquer nos deux Français. Ceux-ci vont découvrir l'Afrique profonde, ses filles à vendre, sa bouffe épicée, ses entubes commerçantes, mais aussi ses rires et ses chants. A la fin du voyage, on retrouvera nos deux Pieds Nickelés copains comme cochons avec leur chauffeur, ayant traversé une expérience humaine formidable... oui, ou pas, c'est vrai.
Les intentions de Philibert sont belles et bonnes : jouer avec les spécificités de chacun pour montrer que les cultures peuvent se rencontrer. Bon. Mais les clichés sont tellement revendiqués, les personnages tellement réduits à leurs caractéristiques les plus éculées, que jamais il ne parvient à son but. Aucun personnage ne sort de cet humanisme suranné, qui pense être bienveillant quand il n'est que condescendant. Au bout de quelques minutes de verbe haut, de coups de gueule et de petites galères, on finit par voir, en filigrane, une superficialité qui va à l'encontre des intentions premières. Et on aurait aimé, surtout sous couvert de documentaire, voir un peu plus que ce Tintin au Sénégal passéiste, ces portraits au plus court, et cette vision sans intelligence des êtres. On n'aime jamais ce patron de bistrot qui arrête pas de râler, mais dont on sent la bonté derrière les rodomontades, ni ce chauffeur (qui joue comme un pied) madré et profiteur. On sent que derrière cet ethnocentrisme fatigant se cache une vision très fière d'elle-même, et légèrement supérieure par rapport à ses sujets. Presque une sorte de poujadisme qui ne se cache même pas. Le gars a beau, dans les dernières minutes, réconcilier tout le monde et prendre note de la beauté humaine de ce voyage, on ne peut s'empêcher de remarquer la vision ancestrale de l'Afrique, et l'absence totale d'efforts pour tenter d'en comprendre la nature. Ainsi que la vision ancestrale de Marseille (foot-pastis-pétanque), tout aussi réac. Au final, un film pour se taper sur les cuisses, et qui sent un peu la merde...

