LIVRE : California Girls de Simon Liberati - 2016
"Toutes les théories de Charlie ne paraissaient à l’époque ni pires ni plus bizarres que celles de beaucoup de chapelles locales. Dans la vaste constellation New Age, elles n’étaient qu’une utopie parmi des centaines d’autres".
Une lecture un brin glauque pour attaquer cette rentrée avec cet ouvrage du gars Liberati qui nous conte (par le menu, fan des Télétubbies s'abstenir) les meurtres ignobles commis par les Manson's girls, dont notamment l'assassinat de la plantureuse Sharon Tate. Ne m'étant jamais penché vraiment sur la question, il est clair que cette lecture qui évoque tout d'abord la vie de ces jeunes femmes sous l'emprise de ce gourou nain (1m54, petit par la taille mais énorme par son pouvoir d'influence) puis les crimes éclairent indéniablement le lecteur au niveau factuel... Le passage (très très long et détaillé) sur les cinq crimes commis dans la maison de Polanski met le coeur au bord des lèvres, comme dirait Gols, tant le gars Liberati se montre scrupuleux pour évoquer ce calvaire sanglant - notre côté pauvrement "voyeuriste", si je puis m'exprimer ainsi, en prend pour son grade. Liberati, dont le style reste toujours aussi pauvre (il évite toutefois cette fois-ci certaines grossières erreurs de syntaxe de son précédent ouvrage), se fait donc le chroniqueur de cette époque libertaire et de ces groupuscules New Age qui mixaient cul, drogue et "philosophie utopique" ultra douteuse. S'il réussit assez bien à nous camper l'ambiance de cette période, on ne peut pas dire qu'il excelle dans le registre psychologique. Il tente dès le départ de multiplier les personnages pour tenter de nous faire un tableau vivant de ce ranch où se mêlent cowboys, motards de base et hippies mais l'on sent que derrière les descriptions pittoresques de ces divers individus plus ou moins recommandables, l'ami Liberati est loin d'être un expert pour donner de la "profondeur" à ces silhouettes. Même lorsqu'il se focalise par la suite sur les groupies mansonniennes, on peine à vraiment les différencier les unes des autres (on reste un tantinet en surface ou dans le stéréotype entre la bourrine, la perverse et la "timorée"). Du coup, si la chose se lit avec une certaine facilité (au niveau de l'écriture - les dialogues sont malheureusement un peu légers...) et avec effarement (au niveau des actes purs), on en ressort avec l'impression d'avoir juste touché du doigt ces différentes personnalités détraquées, d'être resté à un niveau très superficiel quant aux relations entre ce diabolique Manson et ses sbires. Un cauchemar californien relaté avec un certain sens de la dramaturgie mais une histoire traitée de façon, comment dire, guère dostoïevskienne... (Shang - 14/09/16)
Eh oui, Liberati ne cesse de décevoir, de livres auto-centrés en livres inutiles, et ce n'est certainement pas avec California Girls qu'il va remonter dans mon estime. Absence de psychologie, disait mon camarade, et tout à fait, c'est bien là que le bât blesse. Car sans psychologie, comment justifier d'un tel livre ? On aurait pu comprendre, à la rigueur, qu'il ait envie de dresser un portrait de Manson, ou en tout cas de son incroyable force de persuasion, de son charisme machiavélique et inexplicable ; qu'il ait envie de comprendre en quoi son délire n'a pu prendre place que dans les années hippies, comment les meurtres de la maison Polanski en ont marqué la fin ; comment une poignée de jeunes filles en goguette, désoeuvrées, en recherche de père, ont pu se laisser entraîner à commettre de tels crimes. Mais pour ça il aurait fallu réfléchir deux minutes, et ça, Liberati n'aime pas.
Au lieu de faire ce minimum de travail, il décide d'attaquer sous l'angle très mode du fait divers relaté dans son plus simple appareil. Après une introduction proprement incompréhensible, où une foule de personnages se croise et se recroise dans une confusion totale, il attaque son "sujet", les meurtres de la maison Polanski donc. Et là, en l'absence de distance critique ou historique, notre gars se vautre allègrement dans le voyeurisme le plus dérangeant. N'ayant rien à dire sur le sujet, il se contente de décrire par le menu les minutes du drame, avec force détails et moult geysers de sang. C'est affreux, et ça semble être la seule raison d'être de la chose. Décrire un fait, si possible spectaculaire, et en faire un livre : voilà à quoi se limite la vison de Liberati. Alors oui, c'est précis. Mais à quoi est-ce que ça peut bien servir ? Il ne dit rien, ni en replaçant les meurtres dans leur contexte, ni en en faisant de la "matière" à roman. Le problème est que ça marche, parce que ça réveille une sorte de bestialité enfouie qu'on a en nous, un peu comme un reportage de TF1. On est terrassé par ce qu'on nous raconte, on aurait pas envie d'être à leur place (ni à celle des victimes, ni à celle des bourreaux, cela dit), et on referme le livre en se disant qu'il y a quand même des choses horribles en ce bas monde, ma pauvre dame. Après les meurtres, il tente un peu de raccrocher sur Manson, de développer sur une des filles pour nous faire croire à un discours, à un regard, mais rien n'y fait : on sent que le gars est fasciné et un peu attiré par ces assassinats, et c'est bien tout ce qui constitue l'existence du livre. Un livre inutile, malsain et creux. (Gols - 15/09/16)