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13 janvier 2016

The Visit (2015) de M. Night Shyamalan

M

Shyamalan is back avec ses deux twists par film qui vont vous faire vous exclamer "ooooh !!!!" ou "je le savais, je te l'avais dit, Brigitte" : rien de bien neuf donc si ce n'est que le film est tourné en caméra subjective (deux, généralement, tenues par des gamins, cela permet de faire un peu montage) - Shyamalan proposerait-il donc une réflexion sur le genre, lui, le cinéaste in de la peur (ou ex-in) ? Ben, on aimerait bien mais tout cela est tellement pré-découpé et pré-pensé qu'il est bien difficile de croire à l'aspect un tant soit peu "naturel" de la chose. Vous allez me dire, le spectateur n'est pas un jambon et sait pertinemment que c'est du cinéma storyboardé à mort ; mouais, n'empêche que c'est tellement sur-sur-joué (les deux gamins, au secours) qu'au lieu de donner l'impression que tout est pris sur le vif, on tombe vite dans un je-ne-sais-quoi d'affreusement pathétique. Shyamalan enquille les clichés sur les vieux et leur lubie comme une vieille les cookies au four et on prend son mal en patience en attendant qu'un gros bruit nous réveille (Ouais, Shyamalan au niveau de la bande son et de la musique originale c'est pas vraiment le Dogme - ce qui, là encore, ajoute au côté affreusement artificiel de la chose). Oh le con, il a failli me surprendre, mais je m'y attendais au coup de la vieille. Dommage. Bref.

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L'autre gros problème de Shyamalan (et la bonne raison pour laquelle ses films ne valent le coup qu'une fois - dans le meilleur des cas -, zéro en temps normal), c'est son côté sur-explicatif : tout doit être justifié, rationnellement, et surtout chaque personnage (rien n'est fait au hasard, remember ?) a une "tare" qu'il devra résoudre avant la fin du film. Ici, deux gamins qui ont mal vécu le divorce de leurs parents (Spielberg n'a pas produit la chose ? Just a joke) : l'un a peur des microbes (se sent pas clean, le gamin, pas bien dans sa peau : il garde en tête un épisode traumatisant qui a eu lieu juste avant le départ de son père (un peu comme s'il était responsable de ce départ) - lors d'un match de footbal américain, il n'a pas réalisé le plaquage salvateur pour son équipe au grand dam de son pater), l'autre n'ose pas se regarder dans un miroir (se sent pas capable, la gamine, d'affronter la réalité) ; of course, Shyamalan placera en fin de scénar des épisodes, pour le coup ultra téléphonés, avec un miroir (symbole d'une réaction qui met un terme à une phobie : acte donc libérateur), une couche pleine de merde écrasée sur la face du gamin (gross as they say...) suivie d'une scène de plaquage (symbole d'une réaction qui met un terme à une phobie : acte donc libérateur bis). On suit l'ensemble comme un film classique pour ne pas dire basique de Shyamalan (ouais allez, je vous l'accorde, cela reste un brin divertissant) en ayant l'impression, une fois le truc bouclé, d'une petite machinerie scénaristique pas bien méchante et jetable.   (Shang - 17/10/15)


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Oh quelle injustice : mon compère semble ne s'être arrêté que sur la dernière demi-heure du film, effectivement ratée. C'est le défaut de la plupart des films de Shyamalan : il veut absolument trouver une fin à ses histoires, et dans la dernière bobine, multiplie les explications psychologiques pour justifier l'heure qui précède. Il ne se rend pas compte qu'on s'en fout. Au contraire, son film est bien plus intéressant quand il cultive le mystère que quand il essaye de le justifier. C'est ce qui fait qu'on peut voir les bons films de Shyamalan plusieurs fois et y prendre beaucoup de plaisir : si on oublie ces twists fatigants, on a face à nous un réalisateur qui sait parfaitement filmer l'étrange, le léger décalage, le presque rien qui provoque l'angoisse. Revoyez Signs ou Le sixième sens en vous moquant de la fin : vous avez deux grands films de mise en scène. Voyez The Visit en allant pisser sur les dernières minutes : vous avez son meilleur film à ce jour.

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Il trouve là un angle très intéressant. L'inquiétude ne va pas venir cette fois de l'espace, d'une catastrophe écologique ou d'un apport fantastique. Elle vient du plus quotidien des quotidiens, en l'occurrence un couple de vieux banals. Pendant une bonne heure, le film ne montre que ça, des corps vieillissants, et rien que le fait de les filmer crée la peur. Un vieux qui reste un peu trop longtemps immobile, une vieille qui perd la tête le temps d'une minute, un corps normalement sénile capable tout à coup d'une souplesse étonnante (cette image magnifique, terrifiante, de la grand-mère qui rampe comme une gamine sous la maison dans une partie de cache-cache, avec cette façon d'accélerer légèrement l'image : la première image traumatique du film, celle qui vous reste dans la rétine), et voilà toute une tension qui monte d'un coup. L'alien, dans The Visit, c'est ce monde inconnu de la vieillesse, le moment où l'esprit et le corps peuvent nous échapper. C'est une grande idée que de montrer ce territoire inconnu comme un territoire de cauchemar, de montrer qu'en lisière de nous-mêmes (et la mise en scène joue merveilleusement sur cette proximité/distance des deux vieux) il y a la peur qui nous attend. Pourtant, on ne filme rien de plus que le troisième âge, avec ses tares physiques (l'incontinence comme source de terreur) et morales (Alzheimer est LE motif le plus terrifiant) ; ça suffit pour être anxiogène à mort.

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Le film est sûrement mal dosé, pas toujours bien tenu. Quand Shyamalan nous fait le coup du "jump scare", il se trompe de film : on ne devrait pas plonger complètement dans le fantastique, on devrait rester dans cette étrange inquiétude qui vient du quotidien. Mais dans ses grands moments, il crée des images traumatisantes très marquantes, comme cette vieille qui erre dans les couloirs la nuit, par exemple. Le fait d'utiliser le genre du found footage ajoute à la quotidienneté de ce qui nous est montré, et permet aussi quelques subtils clins d'oeil aux attentes du spectateur : le môme metteur en scène qui rejoue une scène parce qu'il ne l'a pas rendue assez effrayante, ou ce côté "film d'aventures" que les enfants voudraient réaliser, alors qu'ils ne font que passer une semaine chez leurs grands-parents. Shyamalan sait exactement ce qu'on attend de lui, et cette option lui permet de se retirer de son film en même temps qu'il déjoue nos attentes. En tout cas, ce côté amateur permet là aussi de nous faire éprouver la vie ordinaire comme une aventure terrifiante, vrai sujet de ce film très réussi. Le grand malentendu avec Shyamalan, c'est qu'on s'arrête à ses scénarios ; c'est avant tout un grand metteur en scène.   (Gols - 13/01/16)

Commentaires
S
si elle a en plus une binette à la main, c'est qu'elle revient de Mars, non ?
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N
T'as déjà rencontré une vieille femme qui erre la nuit dans un couloir... ? <br /> <br /> Je te le dis, ça fout grave les jetons.
Répondre
S
Quelle injustice... Non malheureusement je me suis également tapé la première heure : j'évoque d'ailleurs le côté foutage de gueule de l'aspect "footage", jamais crédible, tout en effets faciles - voilà pour la mise en scène. Quand au niveau de la peur, tout est lourd, attendu, banal (une vieille femme qui erre la nuit dans un couloir, au secours...). On ne parlera pas du scénario, en effet on est d'accord... D'aucuns diront que tu as toujours raison, mais cette visite laisse quand même un petit goût de cookie rance...
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