Too much Johnson (1938) d'Orson Welles
Faisons fi de l'histoire que Welles voulait nous conter (il s'agit pour l'essentiel d'une course-poursuite entre deux hommes en milieu urbain) pour nous concentrer sur l'effet produit par cette heure de "footage". Welles nous donne une version vintage des yamakazi avec nos deux héros (Joseph Cotten en tête) qui s'amusent à faire de multiples cabrioles sur les toits. Certains cadres sont très graphiques (les plans sur les escaliers en extérieur, sur des empilements de caisses ou sur les façades des maisons filmées en contre-plongée) et l'on peut également apprécier au passage les "expérimentations" wellesiennes sur la profondeur de champs : nos deux personnages n'ont de cesse de se croiser dans l'espace du cadre en 2 D ou en 3 D - gros plan sur le faciès de l'un des protagonistes pendant que l'autre s'agite dans le fond. Il y a parfois, montées bout à bout, plusieurs versions d'un même plan, et l'on sent le souci de Welles de jouer à fond sur le rythme de cette course-poursuite qui part dans tous les sens - le burlesque semble d’ailleurs la principale référence de la chose. Joli passage également que celui sur les chapeaux (l'homme à la poursuite de Cotten ne possède que la photo de son front et enlève systématiquement le chapeau de chaque individu qu'il croise) : filmé en plongée, cela permet d'obtenir quelques effets visuels intéressants.
Dans la dernière partie, nos deux héros sont rejoints par un troisième larron : plusieurs séquences de combats à l'épée se succèdent avec toujours le même soin à filmer le paysage sous tous les angles, à différentes distances - on sent là encore la volonté chez l'Orson d'obtenir une "belle image". Nos deux héros finissent par se retrouver dans une sorte d'étang dans lequel ils batifolent : Welles cherche une nouvelle fois à faire émerger le comique de la chose avec plus ou moins de réussite... Bref, notre cinéaste est en pleine phase d'expérimentation et c'est sûrement là l'intérêt principal de la vision de ces bobines restées longtemps dans l'ombre. Pour les aficionados du maître. (Shang - 18/09/15)
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Rien à ajouter : c'est un vrai plaisir d'esthète de découvrir ces images brutes de décoffrage venues d'un Welles avant qu'il ne devienne Welles. On est tout émus de retrouver ici une profondeur de champ, là une invention visuelle, ailleurs un travelling soigné, des figures grammaticales qui formeront le ciment de ses futurs chefs-d’œuvre, et qui sont ici balancées comme des expérimentations hasardeuses. Est-ce le pouvoir du cinéma muet ? En, tout cas, on a l'impression d'assister à un cinéma en train de se découvrir lui-même (ça marche si je mets un gars au premier plan en amorce et un autre tout petit en fond d'écran ? Ah bon sang, oui ça marche !), à un style en train de se former in situ. Un vrai bonheur également de voir ces plans ratés, repris immédiatement par Welles, qui corrige la place d'un acteur, qui peaufine une cascade, qui change un angle, pour rendre le plan plus puissant, plus lisible. Bref, c'est un magnifique document de travail, à prendre comme tel, sans trop se soucier du génie de ce qui est raconté (en gros : rien), comme le témoignage de la naissance d'un génie à venir. (Gols - 06/05/26)
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