Graffiti Party (Big Wednesday) de John Milius - 1978
Dans l'équipe de Shangols, on aime les films sur le passage à l'âge adulte, mais faudrait pas non plus nous prendre pour des perdreaux de la veille. John Milius décide, pour traiter le sujet, d'utiliser la fine métaphore du surf. Une bande de potes surfeurs, insouciants et pas sages, va se trouve séparée par les aléas de la vie (crises de couple, temps qui passe, Vietnâm et désillusions), et faire le solde de ce qui perdure de leur lien d'amitié : en gros, pas grand chose, sauf l'attente de cette fameuse vague historique qui leur permettra de renfiler leurs shorts fluo, de replacer sur leurs fronts la mèche qui plait aux filles, et de se refaire une virée en planche en riant bruyamment de leurs sourires Colgate. Elle arrivera, cette vague, après deux heures d'errements sentimentaux essentiellement virils, et marquera le point d'orgue de leurs relations : symbole de leur part d'enfance retrouvée qui ne mourra jamais, des restes de la folie douce qui les habite, de leur amitié éternelle.
On le voit, c'est pas du tout allégé dans la métaphore. Choisir de faire un film sur l'émancipation tout en réalisant un film de surf comportait des risques : effectivement, l'échec du scénario est assez évident. Dialogues poussifs, construction cousue de fil blanc, lourds symboles, personnages hyper-caricaturaux... Entre le gars droit dans ses bottes qui deviendra un militaire parfait mais oubliera ses valeurs adolescentes ; le vieux surfeur alcoolo qui ne croit plus en rien mais qui va se redresser peu à peu ; le champion qui sombre dans le doute mais que la dernière vague va venir sauver ; ou le pote crétin adepte des bagarres, on ne sait plus quel cliché prendre pour taper sur l'autre. D'autant qu'on a beaucoup de mal à aimer ces trois jeunes gars : ils rivalisent de nationalisme béat, de crétinerie et de brutalité, la première moitié du film étant consacrée à leurs 400 coups basés surtout sur la bière, la bagarre et les cris bestiaux, avec des petits bouts de surf dedans. La vie de Shang, quoi. Comme tous les films de surf, c'est crypto-gay, bien sûr, les filles se tenant sagement en lisière du film comme pour un quart d'heure américain, ne servant qu'à admirer nos garçons pourtant assez pénibles. La bagarre principale est assez bien menée, cela dit, un grand délire façon western comique qui n'en finit plus ; mais disons que ça n'ajoute pas beaucoup au glamour des protagonistes, à moins de considérer que la clé du bonheur réside dans les torgnioles entre potes.
Bon, donc, écriture dans les choux. Ce qui ne veut pas dire que Big Wednesday est complètement inintéressant. D'abord parce que Milius filme très bien la mer, ce qui pour un film sur la mer peut s'avérer utile. Les grandes masses d'eau qui déboulent sur nos gusses, et ces petits mecs qui dansent sur icelles, les caméras embarquées qui nous donnent la sensation d'être au milieu des rouleaux, la sensation de liberté et de danger, tout ça est vraiment bien senti, et le film contient de très longs moments de simples contemplation de la mer agitée et des mouvements des surfeurs, sans ajout de trame, juste pour la beauté des choses. Et puis, si la métaphore du passage à l'âge adulte est lourdement amenée par le scénar, la réalisation se fait plus subtile pour illustrer le propos : très beau décor, notamment, que cet escalier antique menant directement à la plage, que nos gars empruntent comme un passage vers une autre métamorphose, vers un autre âge. La mer est cadrée par cet arche grec et prend du coup un bel aspect purificateur et dangereux, du fait même d'être mise en valeur par ce cadre anachronique dans l'histoire. Il est vrai aussi que Milius sait rendre les liens d'amitié visibles à l'écran : somme de sourires, de gestes, de moments de silence, de regards ensemble dans la même direction, la partition corporelle qu'il impose à ses comédiens en dit long, beaucoup plus en tout cas que les pages de dialogue concons. Milius a un regard, pas de doute ; dommage qu'il l'ait mis au service d'un scénario trop normé.



