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28 août 2015

Millennium Actress (Sennen joyū) de Satoshi Kon - 2001

vlcsnap-2015-08-22-23h19m35s677Très grande

L'animation n'est pas le genre préféré de vos serviteurs de Shangols, mais quand on tombe sur un film d'une telle maturité et d'une telle sensibilité, on veut bien reconnaître que le dessin animé peut être parfois bougrement beau. Avec Satoshi Kon, on est à mille lieux des niaiseries mangaesque de Miyazaki ou de la virtuosité à tous crins des écoles américaines : Millennium Actress ne parle que de sentiments, avec une finesse qui doit beaucoup plus à Ozu qu'aux cartoons, avec une poésie mélancolique qui vous berce doucement. Un vrai film pour adultes, fait par un gars qui, en plus de posséder parfaitement la science de l'art graphique japonais, a dû mater quelques films de Sirk, de Griffith ou de Kubrick avant de s'attaquer à la tâche.

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C'est l'histoire d'une femme qui devient actrice pour retrouver l'homme qu'elle aime ; qu'elle n'a entrevu que quelques minutes, mais qu'elle aime. Croisé du temps de son adolescence alors qu'il fuyait la police, il lui donne une petite clé en lui disant seulement qu'ils se reverront un jour. Elle fait de cette promesse son idée fixe et part à sa recherche en Mandchourie, se faisant engager comme actrice sur un tournage qui a lieu là-bas. Dès lors, sa vie à la recherche de cet homme et ses rôles au cinéma ne vont cesser de se confondre, Satoshi mettant son point d'honneur à habilement mêler la réalité à la fiction. Le film traverse ainsi une sorte d'histoire du cinéma japonais, depuis les fresques mélodramatiques jusqu'à la SF, depuis le documentaire de propagande jusqu'aux Godzilla, en y mélant en parallèle les espoirs et les échecs de la quête amoureuse de Chiyoko. Excellente idée, qui plonge peu à peu le film dans une atmosphère éthérée, iréelle, qu'on croirait faite de chair de fiction et non de réalité ; et magnifique hommage au cinéma en tant que dopeur d'espoirs, porteur de rêves et mouvement vital. La réalité est toujours là (notamment les guerres internes au Japon) mais Satoshi la traverse par la fiction, poursuivant sa chimère de façon déraisonnable. Elle se heurtera d'ailleurs in extremis à la crue réalité des choses, la violence du monde venant la frapper une fois l'écran noir de ses nuits blanches relevé.

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Graphiquement, ce n'est pas toujours parfait. Enfin, disons plutôt : ça manque un poil d'originalité. Mêmes personnages aux grands yeux que ses accolytes, même excès dans le "jeu" des acteurs, même comique visuel un peu fatigant (on peut se demander d'ailleurs si le comique était bien un choix judicieux dans ce mélodrame flamboyant qui n'en demandait pas tant). La plupart du temps, Satoshi fait du beau, sans plus, du beau parfois même un peu facile. Mais au niveau de la mise en scène, le film est superbe. Par exemple cette idée magnifique d'un duo de documentaristes sensés réaliser une film sur l'actrice, et qui se retrouvent immergés dans les flashs-back, comme dans un film de Bergman, suivant l'action depuis l'intérieur, à la fois spectateurs et acteurs des évènements. Par exemple, cette utilisation très raffinée des travellings qui brasse en un seul mouvement des années d'existence ; par exemple, ce montage haletant, là aussi d'un seul geste. Mais le plus beau reste bien sûr l'utilisation des grands films de cinéma japonais, qui fait de cette femme "l'actrice du millénaire" : un vrai plaisir de retrouver des allusions à Kurosawa, à Ozu, à Mizoguchi, à Oshima, à travers des évocations qui ne sont jamais de simples vignettes illustratives. Le film parle d'émancipation féminine, de destin, de modernisation du Japon, comme les grands cinéastes qu'il cite presque textuellement. Il se conclue dans un semblant de film de SF qui finit la boucle, dans une modernité de palma-esque (beaucoup pensé à Mission to Mars tout au long du film), et dans une symbolique profonde qui finit de remporter le morceau. On a beau faire la fine bouche dès qu'un réalisateur s'empare d'un crayon de couleur : Millennium Actress vous cueille par sa sensibilité et son intelligence.

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