L'Homme sauvage (The Stalking Moon) (1968) de Robert Mulligan
Un western signé Mulligan, totalement épuré, taiseux, qui va mettre face-à-face a wild indian (il est prêt à massacrer la terre entière pour récupérer sa blonde et son gosse) et le sage Gregory Peck (impeck). La musique relativement inspirée (un peu envahissante aussi parfois) de Fred Karlin remplit les vides lorsqu'il s'agit de faire monter la tension (l'indien s'approche à pas de loup) ou de traduire l'aspect aventurier de notre ami Peck. On a droit à notre visite de l'ouest en bonne et due forme - ses tempêtes de sable et ses paysages de garrigues - , à de doux regards qui en disent long entre Peck et cette fameuse blonde traumatisée (elle fut kidnappée très jeune par cet indien qui répond au doux nom de Salvaje), et dans le dernier tiers à de soudaines montées de violence : Peck livre un ultime combat pour trouver la paix, sera-t-il à la hauteur de la tâche, le bon vieux Peck ?
Peu de dialogue disais-je (excellente petite scène comique lorsque, une fois dans cette cabane du bout du monde où Peck compte passer sa retraite, celui-ci annonce à ses occupants (Eve Marie Saint et son gosse) qu'ils sont les bienvenus pour dire quelques mots : dire simplement "passez-moi le sel » ou « passe-moi les pois" permettrait de rompre ce putain silence pesant comme du plomb), des occupations plutôt limitées (pour les hommes : coupage de bois, pour les femmes : lessive et marche dans la garrigue - le cauchemar de Nicki Minaj) : il faut bien reconnaître qu'on est dans l’ensemble face à une oeuvre relativement zen et apaisée. Chez les indiens toutefois, il y a ceux qui bossent avec les blancs et qui sont éduqués (ils jouent au poker) et les sauvages. Le jeune gamin au sang mêlé, devra bien sûr faire un choix crucial (suivre popâ ou devenir le digne héritier de jeu de blancs : le choix entre la hache et les cartes). Pour le reste, c'est simple : Peck et Eve se respectent tellement qu'ils ne se touchent pas (une fois, elle lui sent l'épaule mais on voit bien qu'elle est surement juste fatiguée : pas de sesk), il ne reste donc que l'affrontement entre Salvage et Peck pour donner un peu de piment et d’action à ce plat aride (mais assez envoutant sur la longueur : la sobriété et le calme marquent des points). Salvage va décaniller les uns après les autres les personnes qui sont venus prêter main forte à Peck et son ombre silencieuse semble devoir tout engloutir comme un trou noir de violence (Michel Chevalet). Les cordes des violons pètent les unes après les autres, la pression est insoutenable (cet indien est un fantôme oublié par les bruiteurs) et Peck doit puiser au fin fond de ses réserves pour préserver son dû (il est prêt à se battre jusqu'à sa dernière goutte de sang). Beau suspense final, tendu comme un garrot. Maitrisé et sobre : un bon Mulligan et un western qui mérite forcément le détour.


