Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman) de Cecil B. DeMille - 1936
Pas beaucoup de films de DeMille chroniqués sur Shangols pour l'instant, et c'est normal : voilà le plus médiocre des cinéastes, m'est avis, qui s'est complètement laissé bouffer par le spectacle à tout prix, quitte à raconter à peu près n'importe quoi n'importe comment. The Plainsman n'ajoutera rien à sa gloire vacillante : c'est un western ringard, bas du front et réalisé en dépit du bon sens, et on pleure doucement à regarder notre brave Gary Cooper et sa blonde Jean Arthur sombrer dans cette entreprise pompeuse désolante.
DeMille voudrait réaliser LA grande fresque sur Buffalo Bill, une déclaration d'amour à l'héroïsme (supposé, lisez voir l'intéressant livre de Vuillard pour vous en rendre compte) de la légende, et aussi et surtout à celui de son poteau Wild Bill Hickock, combattant à la force de leurs six-coups des hordes d'Indiens ricanants, déjouant les trafics d'armes des félons à cigarillos (ou à cigarette) et servant avec abnégation le général Custer à Wounded Knee. Héroïsme purement white-american, puisque le discours du film, rance, est "un bon Indien est un Indien mort, déshérité, piétiné par des chevaux, et sodomisé après sa mort". C'est ce qui choque le plus : le manichéisme effarant des personnages secondaires, avec ces Peaux-rouges joués au plus court par des figurants maquillés à la va-vite : un vague langage d'opérette ("Ya-va-oooohowwww" veut dire "homme blanc vendre bâton de feu" et aussi "je dois te présenter au chef"), un visage grimaçant, et envoyez les lumières par en-dessous pour nous rendre tout ça terrifiant. Le racisme est latent, et je veux bien que ce soit l'opinion commune dans ces années-là, mais DeMille fait plus que rentrer dans le rang : il réécrit complètement l'Histoire en déifiant les héroïques soldats américains, et en griffonant à gros traits les Indiens. On nous annonce que ceux-ci violent les femmes et fracassent les bébés contre des rochers, mais quand la bonne Calamity Jane est faite prisonnière, ils lui dérangent à peine sa mise en pli (mais aussi, les Indiens, hein, donnez-leur un chapeau à plumes, ça les occupe trois heures).
Un discours immonde donc, une glorification de la race blanche et de la virilité à tout prix, un mépris des femmes (se mourant d'amour en tenant une poêle à frire alors que leurs hommes combattent vaillamment l'envahisseur), ajoutés au fait que DeMille ne sait même pas raconter correctement : montage terrifiant (ces plans en fondus enchaînés qui commencent visiblement avant l'indication "Action"), pauvreté visuelle (des gars filmés en studio devant des écrans grossiers), dialogues bavards et mal filmés, lumières artificielles, on ne cesse de soupirer devant le ratage du truc. Du coup on n'y croit jamais, et Cooper a l'air bien d'accord avec nous : il ne joue presque pas, se contentant de faire ce qu'on lui dit en serrant les dents. Aucune scène n'émerge de cette fade soupe, si ce n'est le sympathique assaut en milieu de film, où au moins les cascadeurs font leur taff. C'est un peu Buffalo Bill aux Bouffes Parisiens. The Plainsman, morne plaine.
Go old west, here


