Interstellar de Christopher Nolan - 2014
Quand on possède l'estime de soi que possède Christopher Nolan, pourquoi se contenter de faire un petit film de SF peinard et modeste ? Non, notre compère, qui a déjà pondu de pompeux Batman et de pompiers films de magie, prend comme références ni plus ni moins que John Ford et Stanley Kubrick, et enrobe avec une solennité pompante de la philospjie new-age façon Paolo Coelho avec les dollars, la grosse musique qui tue, les effets spéciaux de sa mère, et la surcharge pondérale. Quand les 2h50 se terminent, on n'a plus faim pour au moins 3 semaines, et je me demande si c'est vraiment une qualité.
Tout commence plutôt bien, pourtant, avec ces quelques scènes tout en dignité au sein d'une entreprise agricole à l'ancienne : McConaughey est un cow-boy, un vrai, un qui a une salopette et pue sous les bras, et le film réussit assez bien, grâce à son acteur, à trouver une certaine grandeur : on le suit en souriant devant ses excès de comédien à travers les très beaux paysages de campagne, pris dans la très jolie photo de Van Hoytema, et on se dit qu'au lieu de faire se battre ensemble des pixels devant des écrans verts, c'est peut-être vers ce cinéma-là que Nolan devrait tendre : un ciné classique, un ciné des origines, patriotique et humain, bref un ciné comme a su le faire son maître du moment, John Ford. Car il y a quelque chose de fordien dans les rapports du héros avec ses enfants (sa fille d'abord, personnage central, mais aussi son fils, plus en retrait, dont la présence deviendra presque diabolique quand il aura grandi (Casey Affleck s'en chargera)), dans cette façon aussi de privilégier les cadres très larges pour montrer la puissance des paysages ruraux et la petitesse des humains placés en iceux. Pour l'instant, à la demi-heure de jeu, on se frotte les mains.
Et puis, patatras, la loi de la gravité est là, inexorable : sûrement agacé par la simplicité de son film, qu'il doit considérer comme une faiblesse, Nolan se tourne vers ce qu'il fait de pire, le scénario sur-sérieux, philosophico-niais, mis en scène sans nuance dans un spectacle pyrotechnique fatigant. Le cow-boy est envoyé dans l'espace, mais c'est moins drôle que chez Eastwood : il est chargé de sauver la race humaine, ben oui, en trouvant une planète à coloniser de l'autre côté d'un trou noir à la con, bon. Il est surtout question de se retrouver soi-même, vous me suivez ? Nolan tente donc le coup du "film spectaculaire mais qui en fait renvoie à une résolution intime", qui a donné de splendides choses, chez De Palma, chez Cameron, chez Cuaròn, et chez Kubrick, donc, modèle visé. Sans balancer la fin, disons que tout ça, cette traversée épique de millions d'années-lumière et de 40000 aventures va trouver son aboutissement dans l'amour d'un homme pour sa fille ; ça pourrait être remarquable, si ça n'était aussi lourdement amené. Complètement dépourvu de finesse, le film assène son discours baba-cool au marteau-piqueur, gâchant sa fin dans des sur-explications scientifico-mystiques parfaitement ineptes.
Assez laid, voire même curieusement cheap malgré l'ampleur des moyens (la traversée du trou noir, les scènes finales), Interstellar se montre totalement creux dans ses moments calmes, ceux bien sûr les plus difficiles à réussir dans un film d'action : on est bombardé d'explications techniques (plutôt claires, je le reconnais), on est complètement au point sur la théorie de la relativité et la physique quantique, mais l'absence d'imagination fait apercevoir tous les défauts : à commencer par McConaughey, très mauvais pour une fois, dont on a l'impression qu'il joue tout pareil depuis 5 ou 6 films. Chaque mot est souligné par 40 expressions faciales, sa sur-virilisation est plus ridicule qu'efficace, il est complètement à côté de son personnage. Autour de lui, les autres rôles sont sacrifiés (pauvres Damon et Caine), les dialogues sont pénibles et longuissimes, on s'ennuie. Seule chose notable : le "son" de l'espace est super bien rendu, oui. Heureusement, les scènes d'action sont assez fun pour apporter un peu de consolation, et on se dit que si le film n'était pas si fier de lui-même et ne se prenait pas tant au sérieux, si Nolan abandonnait son discours écolo à la con, on aurait même pu avoir droit à un sympa machin de samedi soir. Tel quel, un pensum.



