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4 décembre 2014

Interstellar de Christopher Nolan - 2014

interstellar-cover

Quand on possède l'estime de soi que possède Christopher Nolan, pourquoi se contenter de faire un petit film de SF peinard et modeste ? Non, notre compère, qui a déjà pondu de pompeux Batman et de pompiers films de magie, prend comme références ni plus ni moins que John Ford et Stanley Kubrick, et enrobe avec une solennité pompante de la philospjie new-age façon Paolo Coelho avec les dollars, la grosse musique qui tue, les effets spéciaux de sa mère, et la surcharge pondérale. Quand les 2h50 se terminent, on n'a plus faim pour au moins 3 semaines, et je me demande si c'est vraiment une qualité.

Photo-Interstellar-4

Tout commence plutôt bien, pourtant, avec ces quelques scènes tout en dignité au sein d'une entreprise agricole à l'ancienne : McConaughey est un cow-boy, un vrai, un qui a une salopette et pue sous les bras, et le film réussit assez bien, grâce à son acteur, à trouver une certaine grandeur : on le suit en souriant devant ses excès de comédien à travers les très beaux paysages de campagne, pris dans la très jolie photo de Van Hoytema, et on se dit qu'au lieu de faire se battre ensemble des pixels devant des écrans verts, c'est peut-être vers ce cinéma-là que Nolan devrait tendre : un ciné classique, un ciné des origines, patriotique et humain, bref un ciné comme a su le faire son maître du moment, John Ford. Car il y a quelque chose de fordien dans les rapports du héros avec ses enfants (sa fille d'abord, personnage central, mais aussi son fils, plus en retrait, dont la présence deviendra presque diabolique quand il aura grandi (Casey Affleck s'en chargera)), dans cette façon aussi de privilégier les cadres très larges pour montrer la puissance des paysages ruraux et la petitesse des humains placés en iceux. Pour l'instant, à la demi-heure de jeu, on se frotte les mains.

interstellar_a

Et puis, patatras, la loi de la gravité est là, inexorable : sûrement agacé par la simplicité de son film, qu'il doit considérer comme une faiblesse, Nolan se tourne vers ce qu'il fait de pire, le scénario sur-sérieux, philosophico-niais, mis en scène sans nuance dans un spectacle pyrotechnique fatigant. Le cow-boy est envoyé dans l'espace, mais c'est moins drôle que chez Eastwood : il est chargé de sauver la race humaine, ben oui, en trouvant une planète à coloniser de l'autre côté d'un trou noir à la con, bon. Il est surtout question de se retrouver soi-même, vous me suivez ? Nolan tente donc le coup du "film spectaculaire mais qui en fait renvoie à une résolution intime", qui a donné de splendides choses, chez De Palma, chez Cameron, chez Cuaròn, et chez Kubrick, donc, modèle visé. Sans balancer la fin, disons que tout ça, cette traversée épique de millions d'années-lumière et de 40000 aventures va trouver son aboutissement dans l'amour d'un homme pour sa fille ; ça pourrait être remarquable, si ça n'était aussi lourdement amené. Complètement dépourvu de finesse, le film assène son discours baba-cool au marteau-piqueur, gâchant sa fin dans des sur-explications scientifico-mystiques parfaitement ineptes.

interstellar

Assez laid, voire même curieusement cheap malgré l'ampleur des moyens (la traversée du trou noir, les scènes finales), Interstellar se montre totalement creux dans ses moments calmes, ceux bien sûr les plus difficiles à réussir dans un film d'action : on est bombardé d'explications techniques (plutôt claires, je le reconnais), on est complètement au point sur la théorie de la relativité et la physique quantique, mais l'absence d'imagination fait apercevoir tous les défauts : à commencer par McConaughey, très mauvais pour une fois, dont on a l'impression qu'il joue tout pareil depuis 5 ou 6 films. Chaque mot est souligné par 40 expressions faciales, sa sur-virilisation est plus ridicule qu'efficace, il est complètement à côté de son personnage. Autour de lui, les autres rôles sont sacrifiés (pauvres Damon et Caine), les dialogues sont pénibles et longuissimes, on s'ennuie. Seule chose notable : le "son" de l'espace est super bien rendu, oui. Heureusement, les scènes d'action sont assez fun pour apporter un peu de consolation, et on se dit que si le film n'était pas si fier de lui-même et ne se prenait pas tant au sérieux, si Nolan abandonnait son discours écolo à la con, on aurait même pu avoir droit à un sympa machin de samedi soir. Tel quel, un pensum.

Commentaires
B
Sépulcral ! Fallait le placer , c'est joli . Interstellar , j'ai pas pas vu . Mais je préfère pas juger trop rapidos . La chronique était de Gols , j'aurais mis ma main au faya . Nolan , non mais sérieusement , vous envisagez le mec pondre un truc sobre et tranquille ( fond et forme ) pour qu'il perde sa big , de plus en plus big , clientèle sur le chemin ? Il se prend pas plus au sérieux que le Tarantinouille ( la Daube interstellaire Django et j'insiste sur le D ... de Daube , bouse numba one de 2013 et je m'en tiens là , sans les arguments à moins qu'on me demande de développer mais je pourrais dévoiler cet étron sous son vrai jour ... ) . Vous croyez quoi ? Que le Nolan allait faire dans le ptit 4/4 fait maison avec du Champomy et des tits confettis ? La populace attend le spectacle et le rêve . Plus ça pète aux yeux ( avec un fond scientifique qui cause bien par ailleurs ... impressionné ? Ben alors , pas étonnant que ça emballe la masse 2x plus ) et mieux ça pourra dégommer des rétines en profondeur et brainstorminger le fan lambda .
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G
Oui, c'est pas faux, John Nada, vous avez raison, c'est assez désenchanté concernant l'avenir de notre planète...<br /> <br /> Ludovic > j'ai vu "Contact" à sa sortie, ça ne m'a pas laissé un grand souvenir, ça m''avait semblé assez sépulcral là aussi. Mais je le reverrai un de ces jours.
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L
Je n'ai pas vu ce film, mais je me réjouis de vous lire briser le concert de louanges. Inception se prenait déjà très très au sérieux (le manque d'humour est un crime), tout ça pour ressembler à un James Bond plus lisse et pseudo-intello. <br /> <br /> Mais apparemment, rouler des mécaniques cérébrales fait son effet. <br /> <br /> Je me demande ce que vous penseriez de "Contact" de Zemeckis (cinéaste d'un goût parfois douteux qui s'est bonifié avec l'âge) qui m'a bluffé : il ne se passe presque rien et c'est d'une grande sobriété, passionnant et ambigu.
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J
Vous êtes sûr que le discours est si écolo ? Devant ce film, j'ai vu des humains qui étaient victimes de tempêtes de sables dont on ne nous indique même pas vraiment si celles-ci sont la conséquences de son utilisation de la terre à ses propres fins. Devant ce film, j'ai vu des humains qui, dans tous les cas, aller trouver une autre solution, une autre planète, qu'ils pourront sans doute laisser en état de ruines avant d'en trouver une autre. Devant ce film, j'ai vu des humains, et seulement des humains, aucune sensibilité pour une autre espèce ni quoi que ce soit. Ecolo, c'est ça ?
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