Vallée ardente / Les Portes de l'Enfer (Hellgate) (1952) de Charles Marquis Warren
Notre ami Charles Marquis Warren pompe ingénument le scénario de Je n’ai pas tué Lincoln pour nous plonger dans une geôle infernale au cœur d’une montagne plantée elle-même au milieu d’un désert… C’est Sterling Hayden qui s’y colle dans la peau du pauvre vétérinaire accusé de collaboration avec un chef de la guérilla (un gang sanguinaire qui fait alors rage) : un chef blessé aux côtes s’est fait soigner chez notre bon Hayden, a oublié une sacoche dans sa fuite et voilà notre infortuné Hayden condamné bêtement à cet enfer. Heureusement Hayden n’a pas le physique de Zemmour sinon il serait déjà mort, coupé en huit, dans la carriole qui l’emmène dans cette prison dantesque. Hayden va tout connaître : des camarades de prison violents, des gardiens tortionnaires (l’impressionnant Wilke avec sa tronche hirsute), des responsables qui ne lui font aucun cadeau (Ward Bond, pur et dur), des conditions de travail indignes des 35 heures (casser des pierres c’est fatigant mais en plus dans la poussière, c’est intenable), des possibilités d’évasion intorchables (non seulement il y a le désert à traverser mais en plus on te colle au train une bande d’Indiens surentrainés qui touchent une plus grosse prime s’ils te ramènent mort - ce qui est franchement déloyal). Hayden désespère de s’extraire un jour de ces grottes et jouera son va-tout en se portant volontaire pour aller chercher de l’eau - la maladie faisant rage dans le camp. Hayden a-t-il l’étoffe d’un héros ? A voir.
On sent que la production a fait des économies sur le scénar et le décor (un bon gros tas de cailloux fera l’affaire avec quelques troncs d’arbres taillés en pointe) mais ce petit western de derrière les tas de pierre tient parfaitement la route. On ne sait plus par quels douleurs, par quelle horreur Hayden devra passer pour prouver son innocence mais le moins qu’on puisse dire c’est que l’homme est pugnace pour ne pas dire résistant - tu te vois tenir 3 jours dans une armoire en fer en plein cagnard ? C’est juste impossible. Ben lui, il le fait : le regard hagard, la barbe en vrille, le teint noirâtre, notre prisonnier innocent serre des dents mais passe à travers les épreuves comme Peyron dans la tempête. On sent la sueur, la violence (le petit freluquet qui s’échappe… ahah, empalé, le gars, qu’il finira et proprement en plus), la hargne, la volonté transpirées par tous les pores de la pellicule… On devient aussi claustrophobe que ces individus pris au piège de tortionnaires sans foi ni loi (tu te manges ta « faute » en triple) et l’on prie pour que Hayden puisse miraculeusement avoir sa chance (en prison, petit, il n’y a pas d’amis, que des vendus ou des traîtres…). Un western de Warren qui ne rate une fois plus point sa cible : on finit en s’époussetant et en se jetant sur la première boisson fraîche qui passe… Prenant.




