L'Aigle solitaire (Drum Beat) (1954) de Delmer Daves
Charles Bronson as Captain Jack is a bad Modoc
Jean Dujardin as Manok is a good Modoc
Drum Beat n’est peut-être pas, il est vrai, l’un des grands westerns de Daves ; il semblerait que le gars ait privilégié le « concept », la signification, le rôle de chacun des personnages, plutôt que les relations entre eux. Je m’explique. Daves nous dit grosso modo : chez les Indiens, les fameux Modocs, il y a ceux en quête de paix, les bons (à leur tête, deux frères et sœurs), et ceux qui sont assoiffés de sang - les mauvais (emmenés par Charles Bronson, sous amphètes et mauvais comme une teigne); chez nos amis les Blancs, il y a ceux qui sont adeptes de la méthode douce (Alan Ladd, le brushing toujours nickel et aussi souriant et mièvre qu’un Laurent Boyer ; sa copine (Audrey Dalton), qui s’y connaît autant que moi pour tenir une ferme - on l’imagine mal traire, par exemple -, une idéaliste qui veut voir avec ses yeux bleus l’avenir en rose), ceux qui font de beaux discours mais qui ne connaissent pas le terrain (mes supérieurs, oups, le Révérend « peace and love » qui n’a jamais vu une cartouche de sa vie et qui, tellement naïf et déconnecté de la réalité, risque de voir la première balle de sa vie lui filer entre les deux yeux), les opportunistes couards (mon vieux pote Elisha Cook Jr une fois de plus très savoureux... et ridicule) ou encore les types qui sont pour le « œil pour œil, dent pour dent » et qui vont foutre les chiens et les Indiens en chasse.
Attention, on retrouve dans ce western en Cinemascope et en Warnercolor, une partie de ce qui fait le charme de notre ami Daves : des cadres impeccables, des vues d’ensembles spectaculaires et qui ressemblent parfois, à s’y méprendre, à des tableaux (quand les personnages bougent, notamment à l’enterrement, on en sursauterait presque) ou encore des acteurs divinement éclairés lorsqu’ils sont en gros plan (tous les acteurs finissent par paraître beaux, comme illuminés de l’intérieur, c’est assez dingue)… Nombreuses sont les fois où l’on reste en arrêt devant la composition de ces images, de ces plans (la « chorégraphie » des soldats s’avançant en territoire indien, ouah….). Du bel ouvrage comme on dit.
On est en revanche un peu plus frustré lorsqu’on regarde de près les liens entre les personnages. Il y a bien une ou deux scènes passables entre Ladd et les deux personnages féminins (la jeune indienne (Marisa Pavane, terriblement sous-exploitée), qui lui fait une déclaration d’amour cash ; la jeune colon qui nous la joue déclaration d’amour plus romantique et niais) mais l’on est déçu, fortement, que ce triangle amoureux soit un peu laissé au second plan. Daves joue la carte de la facilité (si une personne meurt dans un triangle amoureux, cela simplifie les choses) et ne cherche pas vraiment à exploiter les « antagonismes sentimentaux » dans le clan des « bons » - les trois personnages ont du coup chacun leur petite auréole… et paraissent bien superficiels, bien lisses. Pour résumer pour les plus flemmards qui lisent en diagonale : c’est soigné, c’est propre, c’est beau, mais l’ensemble manque un peu de sang ou d’épice au niveau des relations sentimentales. Un Daves honnête, notamment plastiquement, mais sans plus-value émotionnelle, tenterais-je.








