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25 août 2014

LIVRE : Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli - 2014

9782330035938,0-2240003Biancarelli est un malin : il est allé chercher une trame qui a déjà fait ses preuves (True Grit de Charles Portis), et l'a transposée dans le décor le plus photogénique qui soit (la Corse du XIXème siècle, ses montagnes arides et ses sols rugueux). Deux éléments forts qui suffisent à notre bonheur, et font oublier toutes les autres exigences, secondaires il faut le reconnaître, du roman : l'écriture par exemple, ici lourdaude quand elle n'est pas maladroite et moche quand elle n'est pas lourdaude. Ce n'est pas que le gars ne s'essaye pas au style, visant même parfois un lyrisme naturaliste à la Giono, mais décidément l'écriture n'est pas le talent qu'il a le mieux reçu en partage. Dès la deuxième page, on trouve une phrase aussi pataude que : "Il lui arrivait de réajuster sa charge péniblement, nerveusement même, de s'accroupir à cet effet tout en blasphémant, puis elle reprenait son pas et on l'aurait dit comme une bête traquée", autant dire qu'on renonce vite au style.

Mais une fois n'est pa coutume, je n'ai pas fermé sèchement le livre pour autant. Parce qu'il faut reconnaître que Biancarelli, s'il écrit mal, raconte bien, et que son histoire est méchament addictive. Comme dans son alter-ego de western, Orphelins de Dieu raconte les rapports entre une jeune fille et un brigand, celle-ci ayant engagé celui-là pour une mission carnage en vue de venger son frère : le tueur doit retrouver et assassiner quatre membres d'un clan. Le vieux gars en profite pour raconter à cette gamine peu farouche son passé de bandit de grands chemins, revenant sur la camaraderie qui le liait aux membres de son clan sanguinaire et les exactions qu'ils commirent et qui le hantent sans cesse. Violent et sauvage, le récit se charge d'une sorte de brutalité ancestrale, comme si toute la violence des hommes (et en passant, celle de la Corse, le livre se montrant finalement très actuel) était convoqué à travers ce personnage de "L'Infernu". Au milieu de la nature, les hommes s'entretuent, se trahissent, se pourchassent, se torturent, et Biancarelli ne nous cache rien des détails de ces crimes barbares. Même s'il échoue un peu à rendre vraiment intéressant le personnage de la fille, qui aurait pu représenter une sorte d'innocence perdue, il excelle à transformer son histoire en récit d'aventures, et la charge en plus d'une sècheresse qui confine au gore. Pari audacieux, qui plus est : faire de cet assassin sans quartier le vrai héros légendaire de son histoire, un être mythologique et spectral qui endosse à lui seul tout le passé de barbarie de son pays. Comme en plus il y a pas mal de suspense là-dedans, et que c'est assez habilement monté entre narration au présent et flashs-back, on suit la chose avec intérêt, c'est vrai, même si on soupire souvent devant les tentatives ratées de faire de la littératûûûre. Pas mal.

Commentaires
R
Mitch, je vous remercie très chaleureusement pour cette réponse si précise et sensible. Vous me voyez comblé : vous m'apprenez que vous n'avez pas qu'un cerveau froid et que vous savez réagir humainement quand on vous chatouille...
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B
Je ne voudrais pas que le binôme shangolien me reproche de faire fuir les cerveaux à l'étranger...<br /> <br /> Alors, pour vous faire plaisir: <br /> <br /> Celui que je relis le plus souvent: Le Comte de Monte Cristo ( pas très loin de la Corse). <br /> <br /> Un auteur dont l'écriture et les sujets me touchent terriblement : Irène Nemirovsky.<br /> <br /> <br /> <br /> En outre, last but not least : Quand j'avais 14 ans, en tombant sur la vieille édition Livre de Poche du "Facteur sonne toujours deux fois" , je me rappelle être rest騨¨¨ en arrêt sur la fulgurante petite phrase que Nemirovsky avait écrite sur Cain et le roman, imprimée au dos du livre. Véritablement en arrêt. <br /> <br /> En peu de mots, elle réussissait à dire mille trucs, ça estomaquait. <br /> <br /> Il y a quarante ans, on ne peut pas dire que le nom de Nemirovsky circulait beaucoup. Pas du tout même. C'était donc une inconnue, un mystère total... Mais son nom, dès lors, est resté gravé dans mon esprit. <br /> <br /> Découvrir ses livres, dans les années 80, fut une récompense. Douloureuse, bien sûr, quand j'ai su qu'elle n'était plus là (et pourquoi!) pour continuer à écrire. <br /> <br /> Je lui dois d'avoir attiré mon regard. D'avoir lu mon premier roman noir (aussi sur les conseils de mon prof de français, un être admirable ). <br /> <br /> Je lui dois tout ce qui allait en découler (cinéma, littérature, et cinéma, et littérature, et cinéma, et.....) <br /> <br /> Elle a donc mon admiration et ma reconnaissance pour l'éternité.<br /> <br /> (Je vous ai livré plein de pistes, là... non?) <br /> <br /> Bon, mais y en a des paquet, et des paquets, d'autres évidemment... La maison est cernée par 102 étagères de bouquins (comptées assez récemment), et je passe sur les cartons empilés dans la cave...
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R
Mitch, un simple exemple de livre aimé aurait été intéressant. Mais je m'en passerai, je ne voulais pas vous ennuyer. Je constate qu'il est difficile partout de discuter des livres honnêtement et dans le détail. <br /> <br /> Merci à Shangols pour la discussion.
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B
Un bon livre, c'est celui qui est bien. <br /> <br /> <br /> <br /> Comment voulez-vous que je réponde à ça ?<br /> <br /> J'en ai mille, de livres adulés ! <br /> <br /> Et jamais les mêmes, en plus.
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R
Certes chacun lit ce qu'il veut, mais comme vous exprimez un jugement public, il est concevable de le discuter.<br /> <br /> Les nécessités commerciales et des convictions sincères conduisent les éditeurs à "promouvoir" leurs parutions, c'est de bonne guerre ; les lecteurs et la postérité feront leur travail ensuite.<br /> <br /> Mais je ne veux pas revenir sur ce sujet, surtout s'il est aussi sensible.<br /> <br /> Ma question portait aussi sur votre conception d'un bon ou très bon livre (qui servirait de définition par antithèse du navet). Quels sont vos livres adulés ?
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