Canalblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Shangols
REALISATEURS
GODARD Jean-Luc 1 2
OPHÜLS Marcel PERIES Sumitra
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
18 juillet 2014

Remorques de Jean Grémillon - 1941

d2mGkazir7j7f9NTXCsTDmcxwkn

Est-ce l'histoire chaotique de la construction du film (un tournage qui s'étale sur deux ans à cause de la guerre et de la mobilisation des uns et des autres) ? En tout cas, Remorques possède une aura cataclysmique magnifique, alors qu'il ne parle que des tourments du coeur, et encore les plus triviaux. C'est simplement l'histoire d'une infidélité, si on veut rester bêtement concret, et on a du mal à voir comment la tragédie peut entrer là-dedans. Mais Grémillon, bien aidé par les dialogues subtils de Prévert et le formidable travail de Trauner, fait pénétrer son vaudeville dans une mythologie puissante, faite d'hommes face à la mer, d'amour fou et de mort. Une sorte de film "d'hommes entre eux" à la Ford, qui subitement serait dopé par un romantisme à la française, et qui finirait dans un théâtre antique grec, genre.

Remorques_Trailer_original

Au départ, nous voici dans une atmosphère de marins bretons conduisant un remorqueur et partant à la rescousse des bateaux en détresse. Au commandement de cette troupe éclectiques, notre Jeannot Gabin, plus tourmenté et glamour que jamais sous la pluie brestoise et les contrastes poussés à bloc ; marié à la sage Madeleine Renaud, sympa mais conventionnelle, il va cette fois sauver des flots une sirène fatale, Michèle Morgan. Le début d'une fulgurante liaison (2 scènes à tout casser) qui va causer bien des ravages dans le coeur des trois protagonistes principaux. Grémillon, avant tout, soigne son contexte : la première bobine est pratiquement documentaire, montrant le taff insensé de ces héros du sauvetage en mer. patiente description, des gestes, des ordres, des machines, du protocole entre navires, évocation de la concurrence entre remorqueurs, mise à jour des tricheries, etc. Mais le réalisme de la chose n'exclut pas un aspect visuel très impressionnant : le début du film est un chaos de bruits et d'ombres, dialogues étouffés derrière le fracas des vagues, acteurs ensevelis sous les trombes d'eau. Magnifiques plans presque hugoliens de ces maquettes balayés par des vagues gigantesques, et de ces hommes qui pourtant restent calmes et concentrés (et qui continuent d'ailleurs à se faire des vannes à propos du cocufiage de l'un des leurs, très beau petit personnage campé par Charle Blavette). Grémillon est très attentif à tous les seconds rôles, et dessine même des caractères profonds, que Prévert arrive à dévoiler en une ou deux phrases seulement (le prophète cynique joué par Ledoux).

lumiere-d-ete-1942-11-g

Après cette noirceur des premières minutes, le film opère un brusque virage vers la lumière, en même temps que Gabin découvre sa passion pour Morgan. La scène mythique de la plage est fidèle à sa réputation : le travail de la photo, le jeu des acteurs (c'est un des plus grands rôles de Gabin, aucun doute), et surtout la magnifique symbolique des décors de Trauner, forment une alchimie parfaite. Elle culmine avec cette maison blanche isolée au milieu de la plage, où les deux amants coupés du monde réalisent à la fois l'exclusivité de leur amour et la solitude qui les gagne déjà. Cette maison paraît hantée par cet amour alors même qu'il est en train de naître. Pour une fois, les lumières rasantes sur les visages, la mise en valeur des regards par l'éclairage, ne m'ont pas gavé : elles "déréalisent" le film, qui virait presque au documentaire dans ses débuts, le font quitter le concret pour partir dans la poésie. Cette scène centrale est le pivot qui fait virer le personnage de Gabin. A partir d'elle, il va quitter tout ce en quoi il croyait, épouse, boulot, caractère viril, dans une dégringolade intérieure qui va entraîner tout le monde. Les dernières minutes sont plus que tragiques, le décor superbe de la ville de Brest servant de prolongement au désespoir de cet homme qu'on sent complètement fini. Sur un scénario pourtant tout simple (un homme marié rencontre une autre femme, et les perd toutes deux), Grémillon parvient à atteindre l'aura des mythes. Dommage qu'il en rajoute une louche de trop en nous faisant écouter à la fin une litanie religieuse bien neuneu, qui au lieu d'ajouter de la force, en enlève pas mal. Seule erreur de ce film vraiment très fort.

remorques1-1

Commentaires
D
Les goûts et les cheveux.....
Répondre
B
Très beau film de Grémillon , concept du triangle amoureux tragique sur fond de " documentaire " sur ces hommes partagés entre la mer et leurs épouses , certains comme Gabin étant manifestement plus attachés à leur travail au détriment de leur mariage ( Madeleine Renaud pas vraiment lumineuse mais correcte ) . Mais c'est une histoire d'"hommes" il est vrai qui ont chacun leur manière de concilier les deux . Michèle Morgan ( dieu , quelle déesse , j'y revient ) ne fait pas office de bouée de sauvetage pour le jeannot ( et inversement ) et la tragédie était déjà palpable dès les premiers signes de malaise dans le couple Gabin-Renaud ainsi que dans cette idylle illusoire avec la Michele ( l'étoile de mer , symbole d'un amour sans issue , ne pourrait servir qu'à refléter un souvenir douloureux ) Beau travail sur le visuel , ces marins balayés par les mers démontées et ces jeux de lumière classiques sur les visages en proie aux tourments des émotions , bien utilisés . Pour finir ( ça va peut-être en titiller certains ) mais on m'aligne la Morgan et Véronica Lake ( sur une fourchette , disons , 22-35 ans ) et je choisis la française sans même bouger un cil . Je me noie dans ses yeux sublimes et je parle pas du reste .<br /> <br /> PS : comparaison avec miss Lake car je viens de voir ( Tueur à gages ) et revoir ( Les voyages de Sullivan ) récemment et un énième commentaire la citant comme une des 10 plus belles actrices de l'âge d'or hollywoodien . Une chevelure , certes splendide et célèbre , ne fait pas tout . Mais c'était juste une parenthèse sans conséquence , histoire de goûts .
Répondre
Derniers commentaires
Cycles
Cycle Collection Criterion 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Cinéma Japonais 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Festival de Cannes 1 2
Cycle Western 1 2 3
 
 
Best of : 60's     70's      80's      90's      00's      10's
 
Ecrivains