L'étrange Madame X (1951) de Jean Grémillon
Michèle Morgan est belle comme le jour, la photo d'une superbe luminosité (Grémillon s'amuse à faire du Doisneau, dirait-on, le temps d'un baiser) et puis... c'est tout, le reste, scénar, jeu d'acteurs, dialogues... est terriblement plat, anémique même, tenterais-je. Dès le départ, on ricane : Michèle Morgan, femme de chambre ? Nan ? En fait, non, c'est ce qu'elle fait croire à ce grand benêt de Henri Vidal avec lequel elle trompe l'ennui des dimanches et... son mari. Eh oui, car la Michèle est une bourgeoise qui habite une grande demeure luxueuse avec un mari très luxueux mais aussi sanguin qu'une limace. Le Vidal est bien le seul à croire à la supercherie, comme si toutes les femmes de chambres étaient recrutées dans des écoles de top-modèle. La Michèle est vraiment amoureuse de ce gars simple et banal et va avoir la bonne idée de tomber enceinte. Son mari est forcément scandalisé (il ne peut pas être le père, la limace n'ayant pas d'érection, c'est bien connu), enfin, il s'énerve à peine deux minutes... Il est hors de question que tu le gardes ! Si. Bon garde-le mais il est hors de question que... tu me quittes ! Je pars quand je veux. Bon, ben, tu peux revenir quand tu veux, hein, no hard feeling ? Bon, l'ensemble est guère crédible mais passons. Le film, alors qu'il avait un boulevard pour un happy end, prend alors soudainement le chemin du mélodrame ; ils avaient tout pour être heureux et les dieux vont décider de tout faire foirer : de la tragédie, du problème financier, du... "oh ben non c'est pas possible" (la tronche de Vidal quand le monde lui tombe sur la tête : du coup il l'incline à 2 à l'heure...). C'était déjà mollasson à l'heure de la passion, ça devient apathique à l'heure du drame. Tout le monde il est triste, tout le monde il est malheureux dans cette histoire qui part en eau de boudin dans tous les sens du terme...
Dès les premières séquences (et ce avec tout le respect qu'on doit au Jean qui devait avoir un gros coup de mou en fin de carrière...), on a l'impression que tout est artificiel : Grémillon semble ne jamais savoir comment terminer ses scènes et on a des fondus qui tombent comme des cheveux sur la soupe : parfois trop tard, parfois trop tôt, on s'attendrait presque à écouter des "coupez, allez on n'arrête là, j'ai po d'autre idée de toute façon". Comme en plus les acteurs sont mous comme des chiques (lorsqu'ils sont en colère, le volume passe à 2) - cette pauvrette d'Arlette Thomas avec sa petite tête de Caliméro : elle nous fait tellement peine (elle drague le Henri en pure perte de bout en bout) qu'on aurait envie de lui lancer des miettes de croissant au beurre -, on attend tranquillement que les bobines passent en s'attardant heureusement ici ou là sur les yeux transparents de la Morgan. Un étrange film malade - bien malade : comme anémiée, pas mieux. Temps que j'attaque les grands classiques du sieur.





