Haut les Mains ! (Rece do Gori) (1967) de Jerzy Skolimowski - version originale
Bon on est pas dans le film le plus olé olé du siècle dernier en cette bien belle journée de dimanche d'autant qu'il s'agit ici de la version originale brute de décoffrage : pas d'intro en couleur (ajoutée en 81), pas de filtres couleurs, que du bon vieux noir et blanc éclairé à la bougie dans un compartiment de train - cool. C'est bon, vous pouvez baisser les mains. Skolimowski se met en scène dès la première image - en "homme invisible" qui s'arrache ses propres bandelettes. Si l'on sent bien qu'il va s'agir d'ironiser sur le régime (ce pauvre Staline affublé de 4 yeux grotesques et bigbrotheresque), le Jerzy va également ne pas épargner les classes supérieures du régime (par l'intermédiaire de docteurs qui vont se retrouver pendant tout le film dans un wagon) - magnifique affiche au passage avec ce "sang sur les mains" (qui semble coller aux personnages) : "haut les mains", comme si dans cette génération, nombreux étaient tous coupables ? (Une génération comme il est dit dans le film qui n'a pas vraiment bougé pour faire changer les choses...) Le moins qu'on puisse dire c'est que les petites lâchetés de chacun vont être peu à peu exposées lors de ce huis-clos à l'ambiance plombée - normal, cela se passe dans un wagon, ohoh.
Quatre hommes et une femme qui se vautrent dans le plâtre - l'un d'eux est même pris dans un carcan plâtreux et se débat au sol, en pure perte, comme un sorte de cafard - et qui voyagent enfermées dans un train après une petite fête où ils ont célébré leurs retrouvailles... Ambiance forcément morbide (le spectre de la Shoah est d'ailleurs évoqué) et ton plutôt caustique envers ces trentenaires au surnom hérité de leur bagnole (la classe - tout un symbole) ; ceux-ci vivent désormais dans la peur de tout perdre (les vacances, les primes, la femme, le parti, la bonne... ) dans leur petite vie pépère... Des personnages qui derrière leur rire un peu gras ne sont guère reluisants ; ambiance morose donc - ouais pas le top pour attaquer le dimanche... - mais heureusement une mise en scène pleine de créativité avec notamment une caméra qui semblent toujours en mouvement. Certaines images sont proprement hallucinantes (ce plan large sur les personnages entourés par des centaines de bougies - toutes leurs envies et leur désir de jeunesse qui sont déjà enterrées ?) et un ton relativement sarcastique, disais-je, qui permet de tourner tous ces caractères en dérision (de petites pointes contre le gouvernement (qui demande l'avis des coupables alors qu'ils ont déjà arrêté leur jugement dans la petite séquence du jugement)) comme contre cette classe finalement inactive, dont l'avenir semble déjà si sagement tracé) : le final semble tout de même vouloir sonner le temps du réveil (retour à l'air pur en conclusion et douche obligatoire) pour ces individus à la pensée et aux gestes (le plâtre, forcément) de plus en plus rigides. Po gaie gaie mais une oeuvre de Jerzy comme toujours relativement finaude et remarquablement filmée malgré un espace ultra réduit...



