Le Témoin à abattre (Illegal) (1955) de Lewis Allen
Edward G. Robinson est au top de sa forme en véritable maestro des cours de Justice. Pourtant, pour le gars, tout n'avait po vraiment bien commencé : un meurtre a été commis, un homme est arrêté, les preuves sont minces comme du papier à cigarette mais le type Edward, alors procureur, sait comment s'y prendre pour te persuader un jury. Le type est reconnu coupable, condamné à la chaise électrique, Edward n'a pas une once de remords : "Cela ne vous fait rien d'envoyer un homme à la mort ?" lui lance un journaliste, "ce n'est pas moi le responsable, c'est lui qui l'a cherché" répond notre proc, sûr de son coup. Ok, ok... Seulement, quelques minutes avant la dite exécution, un type qui a reçu des pruneaux lors d'un vol à main armé, avoue le crime... Oups... Vite téléphoner à la prison dis donc... Oh putain, pas de réseau avec cette saloperie de Free - non je plaisante. Edward parvient à alerter la prison, ouf... Ah ben trop tard... Oh la boulette. Lui qui voulait briguer, après une brillante carrière d'homme de loi, un poste de gouverneur, il peut se brosser... Edward tombe dans l'alcool mais il n'est pas dit qu'il ne se relèvera point.
Eh oui, notre Edward après avoir touché le fond, reprend la foi et se remet à son compte comme simple avocat. Au début c'est pas vraiment la cohue au niveau de la clientèle mais comme le type est bougrement malin et parvient toujours à gagner un procès de façon, disons, plutôt spectaculaire (joli, le coup de l'uppercut au témoin qui permet, étonnamment, de clore les débats...). Il connaît ses premiers petits succès. Ne rechignant pas devant l’appât du gain, Edward va finir par bosser pour un salopiot de mafieux - là encore, lorsque la cause semble perdue d'avance, notre Robinson ne recule devant rien pour tenter d'annihiler une quelconque preuve (le type va jusqu'à mettre sa vie en jeu en plein tribunal, fort de café). Seulement voilà, à force de jouer les équilibristes on peut finir par se retrouver dans une position fort hasardeuse pour ne pas dire dangereuse : lorsque sa grande amie, qu'il a élevée comme sa fille, se retrouve accuser de meurtre, il n'a d'autre choix, pour la sauver, que de mouiller ce ponte mafieux... L'Edward tente bien de jongler, mais une balle pourrait bien finir par lui tomber sur la tête (ou pire...).
Robinson s'en donne à cœur joie dans ce rôle : sans que l'on sache jamais d'où va venir le coup, il s'arrange toujours pour créer la surprise en plein procès et pour retourner une affaire à son avantage. Le type est malin comme un lémurien (la taille, hihi) et connaît toutes les ficelles de la loi... Bon au delà de ça, c'est vrai qu'en dehors des procès, il n'y a pas non plus grand chose à se mettre sous la dent : Nina Foch joue un peu les faire-valoir (elle se marie pour obéir à son pater d'adoption mais sa relation "sentimentale" est à peine traitée), les scènes d'action brutes (deux meurtres - l'un en ouverture l'autre vers la fin - et une rapide petite fusillade) sont ben rares et heureusement qu'il y a, au détour de deux trois scènes, l'apparition des formidables formes de Jayne Mansfield pour faire palpiter notre palpitant (elle joue les greluches mais elle le fait super bien). Un parcours finalement plutôt chaotique pour notre Edward qui ne vit réellement qu'entre les quatre murs d'un tribunal... Honnête démonstration dans son genre mais pas de quoi grimper au rideau, Simone, au niveau de la facture. Edward G. Robinson, lui, y trouve quand même son compte et assure son petit numéro. Un Allen mineur selon la formule consacrée...



