Night Editor (1946) d'Henry Levin
Je parlais hier dans ces colonnes de "pic à glace" à propos de Blonde Ice, et, coïncidence magique du cinéma (ou alors faut m'expliquer), en voilà justement un qui surgit dans Night Editor... Si Leslie Brooks était une femme pleine de sang froid, l'héroïne de ce noir de Levin, Janis Carter, se révèle être la parfaite vamp(ire) avide de sang chaud. Lorsqu'on découvre une première fois ses petites canines subtilement éclairées, on se doute que celle-ci est une véritable croqueuse d'homme : lorsqu'on la voit bouche ouverte, après un baiser ou pendue au cou de son amant, il ne fait plus aucun doute sur le fait que celle-ci est avant tout assoiffée de sang... On ne s'étonnera point à partir de là qu'elle finisse par craquer pour un meurtrier ni qu'elle soit pressée d'utiliser ce croquignolet pic à glace qu'elle tient négligemment entre les mains - Sharon Stone peut aller se rhabiller... Night Editor s'impose véritablement comme un bon petit noir très sanguin.
On suit au départ un type, Johnny (noir c'est noir) errant dans la ville et picolant encore au petit matin. On devine que le type en a gros sur la conscience et on ne tarde point à comprendre qu'après ce qui a tout l'air d'être une infidélité, il a honte de regagner son foyer. Un de ses vieux potes, voyant son désœuvrement, va se faire le devoir de lui conter une petite histoire pour tenter de le remettre dans le droit chemin... Long flash-back messieurs-dames : on fait la connaissance d'un certain Tony Cochrane (William Gargan), marié, un gamin, flic, qui passe depuis un certain temps toutes ses nuits dans les bras de la sulfureuse Janis. Il en est po vraiment fier, mais semble définitivement accro à cette blonde passionnée, chaque tentative de séparation se concluant par un baiser langoureux.. Alors qu'ils sont dans une voiture sur une plage déserte, ils vont assister à un meurtre sauvage : Tony surprend le visage du meurtrier dans ses phares, est tenté d'intervenir arme au poing puis se ravise... Il se rend compte qu'il lui sera bien difficile d'expliquer sa présence en cet endroit avec une telle créature : ça sent le scandale à plein nez. Ironie des choses, il se voit confier l'enquête sur cet assassinat, et pour ajouter du sel à la chose, la victime n'est autre qu'une relation de son amante. Gros gros cas de conscience, et ce d'autant qu'un homme est arrêté (pas le vrai coupable, forcément) et se retrouve rapidement condamné à la peine capitale... Sa vie privée et son job sont en jeu, sera-t-il capable de tout sacrifier pour sauver la vie d'un homme ? On assiste à un joli petit ballet dans les relations entre Tony et la gâte Janis, cette dernière n'ayant cesse de souffler le chaud et le froid pour tenir dans ses rets cet amant totalement perdu. Intimidation, trahison, tout y passe pour faire perdre pied à notre pataud Tony. Celui tente désespérément de faire éclater la vérité mais face à cette adversaire qui le vampirise littéralement, il risque bien de finir en véritable mort-vivant... Bien jolie petite métaphore filée filmique avec un ultime twist en forme de rédemption pour ne pas dire de "résurrection"... Un scénario parfaitement huilé et un nouveau portrait de femme fatale qui fait froid... dans le dos. Savoureux.



