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6 juin 2011

Acteurs ambulants (Tabi yakusha) de Mikio Naruse - 1940

vlcsnap_2011_02_06_18h43m37s97Modeste contribution golique à l'impressionnante entreprise d'exhaustivité shangiste en ce qui concerne l’œuvre du bon Naruse (à vue de nez, 813 films, et il en a vu 800, c'est un grand malade). Connaissant mal ce cinéaste, je ne peux que constater que c'est un film d'une grande tendresse que je viens de regarder : Acteurs ambulants fait de la modestie son cahier des charges, et nous livre une chronique lumineuse et drôle. Il s'agit d'une troupe de théâtre, et surtout de deux de ses membres : deux frères qui interprètent le rôle du cheval, comprenez : l'aîné, très fier d'être monté en grade et d'interpréter les pattes avant, et le cadet, plus novice, qui fait celles de derrière. Très amusant de voir ces deux-là passer leur temps libre à observer les canassons dans la campagne pour parvenir à exprimer l'essence même de la bête. Leur but : être aussi réaliste qu'un vrai cheval. Leur méthode à la Actor's Studio est impayable, d'autant que quand on les voit en action, on ne découvre que deux clowns assez ridicules. Naruse les regarde avec une infinie tendresse, mi-sourire mi-pitié. Quand, à la suite d'un accident et d'une bouderie, nos compères sont remplacés, le temps d'une représentation, par un vrai cheval, c'est le drame, et Naruse soutient délicieusement sa fablounette par un arrière-fond sur la place de l'acteur, la position de l'artiste par rapport aux financeurs, et sur les concessions que doivent consentir les créateurs.

vlcsnap_2011_02_06_18h18m08s175Car derrière cette chronique légère et comique, on sent que le cinéaste veut dresser un certain état des lieux de sa profession de saltimbanque. Les rapports du chef de troupe avec le sponsor (qui veut absolument un rôle dans la pièce), ainsi que la posture somme toute très estimable de l'acteur-cheval (il ne joue que si son "art" est respecté), témoignent d'une réflexion, sinon prodigieuse, du moins intéressante de la part de Naruse : doit-on s'arc-bouter sur une conception noble et sérieuse de l'art, ou doit-on prendre tout ça dans un sourire et lever le pied sur ses convictions ? La fin, délicieuse, est ouverte en forme de grand point d'interrogation. Naruse reste toujours du côté de la comédie, accumulant les saynètes irrésistibles pour croquer ses petits personnages, ne tombe jamais dans le film à thèse, et se retire sur un ton presque "à la La Fontaine" qui fait merveille. Sa mise en scène, discrète mais qui marque par son côté lumineux, par son joli rythme entre les séquences, finit de remporter le morceau. Léger comme tout, et savoureux. (Gols 06/02/11)

 


 

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C'est vrai qu'on reste du côté de la comédie légère, même si les mésaventures pathétiques de nos deux acteurs "train arrière train avant" se teintent parfois d'accents mélodramatiques : il faut les voir "battre la campagne" totalement désœuvrés après avoir été remplacés par un vrai cheval (une errance sans but où ils tentent d'évacuer leur colère - même dans ces moments Naruse parvient à insérer de mini-gags (le jeune frère passe son temps à imiter son aîné (shootant dans des cailloux, mâchouillant un brin d'herbe  - dur de sortir de leur rôle...) ou remettant en place un poteau décanillé de rage par l'aîné) ou encore lors de cette séquence de quasi film "d'horreur" où durant un orage terrible, la tête d'une femme (provenant d'un mannequin suspendu au toit...) leur tombe dessus - un moment, pour ne pas dire un véritable cauchemar, plutôt saisissant qu'il est difficile de ne point lier d'une certaine façon au théâtre de la guerre (on est en 1940...)... La guerre, il y est d'ailleurs fait référence dès le début du film avec nos deux hommes qui commentent le départ d'un cheval réquisitionné : leur petite réflexion à son sujet ("on pourrait être à sa place...") prenant une sorte de double sens tragi-comique.

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De multiples petits gags qui font donc souvent mouche (pour manifester leur colère, ils n'hésitent point à ruer, forcément ; on pourrait aussi évoquer la scène avec le moustique qui les attaque quand ils sont dans leur costume sur scène ou leur concours de hennissement pour montrer leur professionnalisme à deux jeunes femmes qu'ils dragouillent) et un arrière-fond, comme le soulignait l'ami Gols, un peu plus profond sur la difficulté pour ces saltimbanques de se voir respecter dans leur "art" - eh ouais cinq ans à faire le train arrière et dix passés à l'avant, cela mérite d'être tout de même salué, pétard !... Même si leur entêtement peut prêter à sourire ("On va vous montrer qu'on peut être plus réaliste qu'un vrai cheval !"), on est le plus souvent plein d'empathie pour les multiples petites blessures d'amour propre dont ils sont victimes - si on ne respecte même plus les artistes, tout part en vrille, à l'image de cette scène finale "éche(va)lée" (ouh là, môssieur tente le jeu de mot ultra finaud !). Une comédie "douce amère", serait-on presque tenté de conclure qui correspond finalement assez bien en cette période troublée - faire rire pour remonter le moral "des troupes" tout en laissant le film baigner dans une sorte d'atmosphère teintée d'une évidente mélancolie (tout se perd, si on n'est plus capable d'apprécier les meilleurs amis/observateurs du meilleur ami de l'homme...)

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Tout Naruse,

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