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3 avril 2026

L'Espion (The Thief) (1952) de Russel Rouse

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Bien belle gageure que celle de réaliser un film noir absolument sans aucun dialogue - on est au moins pas emmerdé par les sous-titres -, un film qui, au final, a tout pour faire jouir un Melville ou un Bresson. Rouse, qui plus est, ne semble pas chercher trois cent cinquante autres façons pour nous faire passer "son/ses" message(s), les indications données à lire à son agent secret pour qu'il accomplisse sa mission ne nous étant, la plupart du temps, même pas montrées. Il s'agit donc du bon vieux temps temps de la Guerre Froide avec un scientifique spécialisé dans l'énergie nucléaire (Ray Milland, irréprochable) faisant passer des documents ultra-secrets... vers l'Egypte. Le rituel pour lui indiquer quand il doit sortir et prendre contact avec un agent  est basé sur la répétition de la sonnerie de son téléphone. Il sort, marche sur les pas de son contact, récupère un bout de papier négligemment jeté à terre, se rend dans les Bureaux de l’Énergie Atomique pour photographier avec son mini appareil des documents, donne la pellicule - généralement dans une immense bibliothèque (silencio !) - à un agent qui la donne à un agent, qui la donne... Tout cela dans une sorte de ballet (pour espions de base) parfaitement chorégraphié. Malheureusement pour le gars Ray, un des intermédiaires va avoir un bêta accident de la circulation, des microfilms vont être trouvés sur lui, des suspicions vont peser sur les ingénieurs travaillant dans ces bureaux et notre héros, pourtant pas vraiment fier apparemment de ce qu'il faisait jusque là, de devoir prendre la fuite...

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Au delà de l'idée originale - vingt-quatre ans après la fin du muet, fallait oser -, cette petite prouesse nous permet de sentir l'absolue solitude de cet agent si discret. Avoir une vie réglée uniquement sur la sonnerie de son téléphone, il y a de quoi devenir fou, et notre ami d'être à plusieurs occasions à deux doigts de péter un câble. Il est d'une certaine façon totalement coupé du monde : tout, autour de lui, demeure proche mais finalement rien n'est accessible ; pour preuve cette magnifique séquence lorsqu'il croise le chemin, lors de sa cavale, de la plantureuse Rita Gam : cette magnifique créature se trouve être sa voisine ; alors qu'il doit rester confiné dans sa planque, elle exhibe dans le couloir ses jambes qui font, à vue de nez, facilement trois mètres de long, de façon à rendre malade d'envie tout hétéro (qu'il travaille ou non au FMI) ; le Ray, après avoir résisté plus de temps qu'il n'est humainement possible, commence à la convoiter (il la mate du pas de sa porte alors qu'elle a laissé la porte de son appart ouverte), elle capte son regard insistant dans miroir, et la porte (arrrrrrrrrrgh) se referme (une véritable torture, la séquence étant tendue comme un slip de fonctionnaire bossant à l'International). Agent, cela fait peut-être bien sur un C.V. ou simplement pour se la péter auprès des gonzesses, mais dans la vraie vie, c'est un cauchemar. Ray se retrouve comme un lion dans une cage (petit plan en plongée, dans son appart, qui ne mange pas de pain) en attendant les instructions qui lui permettront de s'enfuir du territoire américain. L'histoire culminera lors d'un rendez-vous au sommet de l'Empire State Building, Ray devant prendre contact avec un agent alors que celui-ci est lui-même surveillé. Summum du suspense mais aussi summum dans son engagement puisque notre Ray va se rendre compte à quel extrême il est rendu pour avoir une chance de rester libre... Ce n'est définitivement pas une vie, comme une fuite en avant... à pas feutrés.

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Tenir quatre-vingt-dix minutes sans le moindre mot c'est possible, Rouse pouvant s'appuyer en particulier sur la magnifique composition de Ray Milland - qui avec un simple et léger haussement de sourcil nous fait comprendre une foule d'infos (donc je dois me rendre dans le bureau de truc pour lui piquer ses docs dans son coffre-fort, les prendre en photo et ensuite mettre le microfilm dans le tiroir étiqueté "deb-dec" dans cette fameuse bibliothèque) : j'ai essayé de faire la même chose devant ma glace, c'est pas donné à tout le monde - mais également sur la tonitruante partition du gars Herschel Burke Gilbert qui sait toujours parfaitement comment dramatiser une situation (avec des violons et des cuivres qui pètent sa mère). Comme ce n'est en plus pas un manchot à la caméra (Monsieur Sam Leavitt : The Man with the golden Arm, Anatomy of a Murder, Cape Fear...), on a toujours l'impression d'être à la fois dans le feu de l'action tout en pouvant capter (chaque mimique des personnages étant soigneusement "photographiée") les pensées et les motivations de chacun des individus. On est peut-être loin du chef-d'oeuvre absolu mais l'exercice - de style - est, quant à lui, réussi haut la main.  (Shang - 25/05/11)

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Dans ma jeunesse folle, il m'est arrivé de monter une pièce de Brecht qui comportait une douzaine de personnages, avec seulement 2 comédiens. J'étais très fier d'avoir remporté cette gageure. Lors d'une tournée du spectacle, une actrice un peu connue est venue me voir et elle m'a dit : "Moui, bon... mais pourquoi ne l'avez-vous pas monté avec 12 acteurs ?". J'étais vénère. Et elle avait raison. La morale de ce conte merveilleux ? La contrainte peut avoir du bon, mais elle est souvent inutile.

The Thief est un bel exercice de style inutile. Si à la rigueur il y avait eu un metteur en scène derrière ce film, comme un Hitchcock par exemple, à qui on pense souvent à cause La Corde, ça aurait pu même être un brillant objet formel. Mais ce Russel Rouse est vraiment un piètre cinéaste : totalement dépourvu d'imagination, il transforme son jeu formaliste en pénible moment où il passe son temps à éviter laborieusement les pièges de la contrainte qu'il s'est lui-même imposée. Voyez la première demi-heure, par exemple : interminable, sur-explicative (on nous montre deux fois le protocole pour délivrer les messages secrets), elle aurait été dix fois plus efficace avec l’ajout de quelques mots, ou simplement tournée par un Hitch ou un Huston. Mais le vœu de silence contraint Rouse à ajouter les plans pour nous faire comprendre le dispositif, et à perdre un tiers de son film à une scène d'exposition. Ensuite, malgré les indéniables qualités du film (joli travail sur les bruits, un acteur principal très expressif (forcément), un beau noir et blanc classique), on ne cesse d'aller de déception en déception dans cette suite de scènes sans arrêt déceptives. La scène centrale, surtout, est complètement ratée : une course-poursuite dans les escaliers et les ascenseurs de l'Empire State Building, dans laquelle Rouse échoue à faire monter le moindre suspense, par son peu d'invention, d'imagination, de génie tout simplement. Cette séquence très longue s'achève par un dénouement très bête (notre héros s'échappe par une sortie de secours, ohohohoh), et encore une fois, on n'ose imaginer ce que Hitchcock en aurait fait. La seule fois où cette contrainte du non-dialogue fonctionne, c'est effectivement dans les scènes (tout de même très artificielles) avec Rita Gam : l'étrange relation qui se joue d'un palier à l'autre se passe aisément de mots, et le trouble sexuel est même augmenté par l'absence de dialogues, le jeu de regards, l'immobilité des corps qui se font face. Pour tout le reste, on se dit que le cinéaste s'est lui-même mis des bâtons dans les roues, un peu comme ces écrivains qui se vantent d'avoir écrit un très mauvais texte en deux jours (alors qu'en prenant 6 mois, ils auraient peut-être pondu un chef-d’œuvre). La fin du film, moraliste en diable, a fini de me convaincre que ce film n'est vraiment pas pour moi.  (Gols - 03/04/26)

Noir c'est noir, c'est

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L
miam Rita Gam
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