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23 mars 2011

LIVRE : Façons d'endormi Façons d'éveillé de Henri Michaux - 1969

untitledUn essai sur les rêves, ça paraît être le projet idéal pour Michaux, qui a fait de l'imaginaire, de la rêverie, de l'hallucination, la matière première de toute son oeuvre. On est d'autant plus étonné de ne tomber que "sur ça", enchaînement de textes qui ont du mal, dans leur plus grande partie, à développer une vraie originalité sur le sujet. Certes, Michaux sait à merveille planter son personnage principal, c'est-à-dire ce personnage qu'on est quand on rêve, le décrivant comme un rebelle impoli et grossier destiné à simplifier les faits de notre vie éveillée. On retrouve ici ou là, quelques inspirations de ses grands livres de faux voyageur, quand il tente par l'exemple de décrire le foisonnement de son imagination, ou quand son style se fait gentiment lyrique et très vivant (sa description des guerres qu'il livre en rêve, ses changements en lion). Mais, dans l'ensemble, on se retrouve un peu ennuyé, notamment dans la partie centrale, qui s'essaye à l'interprétation des rêves avec peu d'esprit : Michaux y abandonne beaucoup de son style, se livrant à une mise à plat de notes peu passionnante. Les rêves du bonhomme sont banals, ça, ce n'est pas sa faute ; son analyse l'est aussi, ce qui est plus dommageable ; et son écriture est assez terne, ce qui est définitivement inadmissible.

Heureusement, il reste quelques très beaux chapitres, comme cette longue deuxième partie qui rend hommage au caractère illimité de la "rêverie" opposé au rêve. Michaux est beaucoup plus ample éveillé qu'endormi : il tire de ces "rêves vigiles" une poésie enfin retrouvée, un excès à la fois jovial et caustique (la décapitation massive de ses contemporains, en imagination, force le respect), et une énergie d'écriture qui faisait défaut jusque là. Simplement allongé, au repos, il refait le monde, alors qu'endormi il ne sait convoquer que de triviales traductions de ses faits et gestes diurnes. On sent bien que c'est là que le livre voulait en venir dès le départ : glorifier l'imagination plus que le rêve, comprendre : la poésie, la création, plus que la passivité. L'ombre de la mescaline plane sur ces visions dantesques, et on aurait aimé que l'essai comporte un chapitre supplémentaire sur les paradis artificiels. Le bestiaire impressionnant de Michaux aurait trouvé là de quoi s'épanouir complètement. Tel quel, ce livre est trop hétérogène pour vraiment emballer.

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