Un Visage inoubliable (Natsukashi no kao) (1941) de Mikio Naruse
Eh ben ouais c'est la guerre et Naruse de nous livrer un mignonnet film champêtre avec juste une chtite dose de propagande pour la peine. Koichi, le mini héros du film, vit avec sa mère et sa belle-soeur (avec un tout chtiot qui passe son temps collé à son dos) qui est mariée à son frère, parti faire la guerre en Chine. On comprend rapidement que la famille ne roule pas sur l'or (pour accompagner les patates douces, rien de mieux qu'une autre patate douce) et Koichi jalouse un peu ses potes qui possèdent des maquettes d'avion. Jouant avec l'une de ses maquettes - qui ne lui appartient donc point -, il la plante en haut d'un arbre: il s'empresse d'aller la récupérer et c'est le drame, il chut malencontreusement. Plus de peur que de mal, il ne se pète que le pied mais cela l'empêche d'aller en ville pour voir son frère qui apparaît, au cinoche, dans le film des actualités. Sa mère s'y rend mais, comme elle est toute en pleurs pendant la projection, peine à lui raconter ce qu'elle a vu. Sa belle-soeur prend le relais mais décide, au dernier moment, de ne pas entrer dans la salle, économisant la thune pour acheter un avion à Koichi. Forcément, bien difficile pour elle de raconter ce qu'elle n'a pas vu; le chtit Koichi se rend d'ailleurs rapidement compte qu'elle lui a menti quand un de ses camarades dit ne pas avoir vu sa belle-soeur dans la salle. Le gamin tout vexé de voir qu'on s'est sacrifié pour lui et surtout qu'on lui a menti va voir sa belle-soeur dans les champs tout claudiquant et chouinant: cette dernière, rassurante, lui explique que de toute façon elle n'aurait jamais osé rentrer dans la salle par peur de pleurer à son tour pendant la projection, geste égoïste en soi quand son compagnon est loin d'être le seul à participer à cette guerre. Coup de théâtre final, l'instit se pointe et leur raconte qu'il a décidé de passer le film au village, tout est bien qui finit bien - enfin sauf la guerre, mouais.
Une oeuvre modeste d'une trentaine de minutes du père Naruse, pleine d'humilité et de bon sentiment. Je ne reviendrais point sur le fait qu'on assiste pour la énième fois dans l'oeuvre narusienne à une séquence où l'un des personnages principal est alité - je pourrais cela dit me spécialiser sur le thème des "lits d'hôpitaux" chez Naruse (et Borzage) maintenant qu'on m'a grillé dans le domaine des "escaliers au cinoche" -, si ce n'est pour dire que notre mini-héros se retrouve à son petit niveau blessé moralement et physiquement pendant cette guerre - chacun ses expériences. La mère avait longuement hésité, avant d'entrer dans la salle de cinoche, à lui offrir cette avion qui la narguait à l'étalage d'un magasin en ville; on pouvait facilement deviner à l'avance que la belle-soeur ferait, elle, ce petit sacrifice - comme cela lui donne l'occase, après coup, d'y aller de son petit refrain patriotique, cela permet finalement de faire d'une pierre deux coups (savoir prendre soin des siens, c'est bien mais ne po oublier non plus la nation, ça non) - c'est de bonne guerre, faisant ainsi, me semble-t-il, pour la douzième fois le même jeu de mots... A défaut d'être l'oeuvre de Naruse la plus fracassante, on ne peut non seulement que se réjouir de voir qu'elle a réussi à survivre mais également constater au passage que le Mikio, même en ces temps d'horreur, continue de livrer de petits oeuvres personnelles et sensibles. C'est toujours ça de pris.


