La Terre des Hommes (Mardkants Yerkire) d'Artavazd Pelechian - 1966
Peut-être un peu moins inspiré que dans ses films futurs, le Artavazd, qui nous offre ici un éloge du travail humain sans nuance. La Terre des Hommes est un film optimiste, qui pour cette fois-ci n'offrira pas ces contre-points si précieux à l'humanisme ordinaire de Pelechian. Il regarde les hommes au travail, et comment ceux-ci parviennent à créer un monde fascinant : chirurgiens, cosmonautes, ingénieurs en aéronautique, cheminots, simples travailleurs de chantiers, tous sont envisagés comme des vecteurs d'une modernité enviable et admirable. Certes, il y a bien ça et là quelques soupçons d'inquiétude, dans cette atmosphère souvent étrange qui se dégage de ces gestes dont on ignore la finalité : on a même pendant quelques secondes l'impression de pénétrer dans une scène coupée de 2001 a Space Odyssey, quand Pelechian filme ces voyants lumineux qui s'allument dans tous les sens (avec la musique coupée brusquement à ce moment-là). Certes aussi, on peut trouver doucement ironique l'emploi de cette ritournelle trop gaie pour être honnête sur ces images qusi-futuristes. Mais l'impression finale reste l'admiration pour ce monde construit par les hommes ; et même si Pelechian semble nous inciter à la réflexion avec ce plan d'ouverture et de clôture sur le Penseur de Rodin, on se dit que pour cette fois il a laissé ses inspirations infernales au vestiaire.
Le film est pourtant très intéressant formellement, usant encore une fois d'une science du montage imparable. Chaque plan semble répondre au précédent et annoncer le suivant, dans cette précision de dessin : la ligne droite d'un train qui file est prolongée au plan suivant par le geste d'un ouvrier qui plonge une pièce dans un four ; un travelling latéral est complété ensuite par un travelling vertical ; les lignes des immenses buildings sont rayées par la rondeur de la Terre vue du ciel... C'est là tout l'art de Pelechian : la correspondace visuelle entre des plans a priori sans rapport les uns aux autres, et qui finit par donner du sens par leur simple contact. Moins fulgurant que d'habitude, mais tout de même admirable.