Lady Yakuza (Vol. 5) : Chronique des Joueurs (Hibotan Bakuto : Tekkaba Retsuden (1969) de Kosaku Yamashita
Kosaku Yamashita, réalisateur du premier volet, reprend les commandes pour un épisode qui tient joliment la route : multiplication de personnages et de chefs de clan - les pourris, ceux qui savent ouvrir les yeux en chemin, les ex-yakuza rangés -, règlements de compte violents et sanglants, sens de l'honneur et volonté de se ranger du côté des moins bien nantis (les paysans, forcément); ça discutaille, ça joue, ça charcle à tout va dans un épisode où Yamashita maîtrise magnifiquement le scope - multiplication des duels (autour d'une table, d'un tapis ou... avec un pistolet) - et parvient à faire rentrer superbement les paysages de son cadre - à l'image de ce dernier plan qui frôle l'abstraction. De l'action et une intrigue savamment montée, on aurait bien tort de faire la fine bouche à la vision de ce cinquième opus.
Lady Yakuza, à la suite de la mort de l'un de ses fidèles, décide de se mettre au vert. Elle se place sous la protection d'un ancien Yakuza, Eguchi, qui veut bien lui fournir un taff si elle oublie pour un temps qu'elle est la célèbre Pivoine rouge, nouvelle chef du clan Yano - belle séquence où nos deux personnages se fondent littéralement dans les herbes hautes pour se mettre au diapason. La Lady s'y plie et trouve une certaine satisfaction à bosser pour cet homme qui prend la défense des métayers contre les exploitants grossistes; devant l'insistance de ceux-ci à ne point baisser les prix, il pousse les métayers à boycotter la vente de leur produit. Cela n'est pas du goût des Yakuzas du coin : si les grossistes ne font point de thune, ils ne pourront point le dépenser lors de l'annuel tournoi de cartes organisé par les Yakuzas, tournoi dont la recette assure leur existence financière pour l'année. Eguchi tente de parlementer avec Takei, yakuza ouvert à la discute, mais subit la pression du clan Kannonji et de son homme de main Narutogawa (Bin Amatsu, encore et toujours): ces derniers sont po du genre à tricoter et préconisent plutôt la manière forte. Deux autres personnages viennent apporter leur grain de sel, un ancien yakuza honnête et droit, Sanji, accompagné de sa fille adoptive Okayo, et Koshiro, autre chef de clan qui vient chercher des noises, dans un premier temps, à notre Lady - un duel à proximité d'un pont sur un terrain vague de western filmé aux petits oignons. Yamashita, reconnaissons-le, introduit ses différents protagonistes avec une réelle limpidité, rendant son récit relativement facile à suivre ce qui n'est po toujours le cas dans ce genre de micmac nippon. La Lady ne va pouvoir s'empêcher, à la moindre injustice (chassez le naturel...), de dégainer sa dague ou de mettre sa vie en jeu sur un tapis de cartes (parties qui deviennent un véritable cérémonial et, du même coup, un vrai plaisir à suivre, même si on pipe po toujours les règles... - notons également que c'est la première fois qu'elle trouvera un opposant digne de ce nom) s'attirant forcément les foudres d'Eguchi... Seulement ce dernier ne tardera point lui-même à se rendre compte que pour lutter contre la violence, ben ouais, on n'a po toujours le choix...
Yamashita réussit à ne pas coller une étiquette définitive (bon/méchant) sur chacun des personnages et donne une certaine profondeur à un Takei ou à un Koshiro qui savent évoluer en fonction des événements. J'évoquais les combats furieux qui valent le détour (la série gagne en intensité, c'est clair), il y a également quelques séquences plus apaisées joliment réglées; notamment cette somptueuse séquence (toile peinte du meilleur effet, petite mélodie intimiste...) où la Lady vient rejoindre Egushi qui se recueille sur la tombe de Takei : elle n'y va point pas quatre chemins pour lui dire froidement ses quatre vérités - se faire traiter de lâche et d'égoïste ça fait jamais plaisir - et ce dernier tout penaud et blessé (au sens propre et figuré) finira par lâcher la réplique du film : "Lady Oryu, vous êtes la plus féminine des femmes..." - j'ai pas encore parfaitement saisi toute la profondeur du compliment, mais je vais m'y atteler. Kannonji et l'infâme Narutogawa pensent avoir remporté la partie : c'est sans compter sur une Lady furax qui en cinq épisodes a eu le temps de prendre des cours de combat et une arrivée impromptue de Tomisaburo Wakayama qui se marre sous sa petite moustache avant de faire de la viande hachée de ses adversaires. Bien écrit, parfaitement monté et cadré, Yamashita, sans faire toutefois oublier Tai Kato, signe un épisode d'un très bon niveau. La Lady arrive parfaitement lancée dans la dernière ligne droite !



