Un Couple (Fûfu) (1953) de Mikio Naruse
Les petites misères de la vie en couple quand on a guère le sou, jalousie, aigrissement (oui, je sais, le mot est laid), ptite colère et réconciliation bienveillante sur le fil, voilà un parcours et un scénar somme toute classiques. Fûfu est donc l'histoire d'un couple avec une femme, Kikuko (Yôko Sugi, un certain charme) - bien entendu - pleine de bonne volonté dans l'adversité, et un homme, Isaku (Ken Uehara) de nature un peu plan-plan. Après 6 ans de mariage, ils vont vivre une petite crise conjugale avant de se raccommoder mollement à l'horizon de la venue de leur premier enfant. Rah, c'est pas une histoire qui déchire, non, mais Naruse l'agrémente de quelques dialogues assez bien vus sur les petits problèmes quotidiens de la vie conjugale. Un couple, c'est comme un ciseau, rappelle l'un des personnages citant il ne sait plus qui, "pour couper un drap, il faut deux lames"... Eh ouais. La fierté et les faiblesses du mâle sont forcément un peu plus pointées du doigt, la femme, et ses mini-caprices, gardant tout de même, forcément, le beau rôle. Du pur Naruse, c'est ça.
Kikuko et Isaku sont un peu dans la panade : ils se doivent de trouver rapidement un logement, le frère de Kikuko emménageant dans la maison familiale avec sa nouvelle femme. Isaku n'est po vraiment du genre à s'activer, mais trouve une solution de repli en venant squatter une pièce chez son collègue et pote, Takemura, qui vient tout juste de perdre sa femme. Les joies de la vie en promiscuité... Kikuko gère au mieux sa nouvelle demeure, daignant s'occuper avec toute la gentillesse du monde de Takemura au plus bas moralement et physiquement. Seulement, les petites attentions de sa femme envers son pote ne tardent pas à rendre méchamment jaloux l'Isaku : il était déjà po gai, il devient ultra sombre. Lors d'une soirée où les trois sont allés ensemble au théâtre (petite comédie mettant en scène un Charlot nippon !), Kikuko et Takemura perdent de vue Isaku dans la foule. Takemura invite à dîner Kikuko et, le sake aidant, ne cache point tout le bien qu'il pense d'elle ("On est pareils : on se sent seul, on doit s'entraider..." hum, hum - Kikuko sourit, elle, sans penser à mal). Ils reviennent à la casa où débarque Isaku (il a finalement passé le reste de la soirée avec l'une de ses collègues qu'il a rencontrée en chemin) complètement bourré et d'humeur encore plus noire quand il découvre que son pote a offert un châle à sa femme.
L'explication entre les deux hommes devient inévitable, mais c'est Takemura qui fait la leçon à Isaku : oui, il a des sentiments pour Kikuko, c'est un fait, mais Isaku devrait apprendre 1) à faire confiance à sa femme au lieu de 2) flirter bêtement avec sa collègue. Kikuko ne va point tarder à en remettre en couche en disant ses quatre vérités à son mari (pétard, elle n'arrête pas de son côté de faire des efforts et il en faut pour vivre avec un type qui fait autant grise mine...) et elle part bouder, le soir du Nouvel An, chez ses parents... Mais l'orage finira par passer, le couple s'installera dans une nouvelle demeure avant un mini coup de théâtre pour booster un final un peu morne.
De nombreuses petites sentences à l'emporte-pièce lors de réunions familiales ou entre amis ("Les hommes ont de la chance de pouvoir tomber plusieurs fois amoureux au cours d'une vie" - c'est une femme qui parle...; "les femmes montrent leur vrai caractère 5-6 ans après le mariage" - bon, moi je suis à douze et j'arrive encore à être surpris quand même, mais passons) où le sujet central de conversation demeure avant tout : le couple et les différents âges du mariage; tout nouveau tout beau, la petite crise au bout de quelques années, puis les infidélités éventuelles du mâle (terrible confession d'une amie de Kikuko à celle-ci). Enfin bon, tout s'arrange toujours, même mal, et l'on quitte notre petit couple rabiboché à l'aube d'un nouvel avenir... à trois. C'est relativement bavard, réglé comme du papier à musique au niveau du découpage des séquences, mais l'on vibre sans doute un peu moins que dans certains chef-d'oeuvre du maître. Petit hommage pour conclure à l'héroïne, Yôko Sugi, pimpante et pleine de vitalité tout du long malgré ce mari bonnet de nuit, et terriblement émouvante dans les derniers plans (un peu téléphonés, certes). Je n'en suis peut-être pas totalement foufou, de cette oeuvre, mais cela demeure quand même du solide dans l'impressionnante filmographie du gazier.




