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15 septembre 2009

Gagnant quand même (The Shamrock Handicap) de John Ford - 1926

vlcsnap_2009_09_14_22h48m40s43Aaaaaah l'Irlande, ses troupeaux de moutons, sa nature verdoyante, ses jolies jeunes filles pures, ses garçons pas fute-fute mais si dynamiques, ses grandes mandales dans la tronche à la moindre contrariété, son antisémitisme atavique... Voilà un film sponsorisé par l'office du tourisme du bon vieux pays irlandais, qui tend à prouver par A+B (les personnages ne connaissant pas franchement le reste de l'alphabet) que c'est le plus beau pays du monde et pis c'est tout. Jamais été un grand client de ces films nationalistes pleins de bon sens (disons un large spectre qui passerait par Pagnol et irait jusqu'à Loach), surtout si comme ici ils débouchent sur un fond légèrement douteux : dans son exaltation, dans sa déclaration d'amour sans nuance à son pays, Ford met tout dans le même panier, les beautés comme les horreurs de son peuple, traitant tout avec une égale tendresse. Quand il s'agit de l'amitié indéfectible entre Irlandais aux 4 coins du monde, on sourit amicalement ; quand il s'agit de se gausser des Noirs et surtout des Juifs, simplement parce que c'est comme ça qu'on est en Irlande nom de diou, je suis moins preneur. Re-situons certes ce film dans son époque, et fermons les yeux sur ces sorties racistes pur jus (on entend quand même un jockey juif espérer que son cheval n'est pas au courant de sa religion, pour ne pas qu'il le renverse...), même si le vrai "Handicap" du titre est peut-être bien là.

 

vlcsnap_2009_09_14_23h10m33s125Or donc, l'Irlande resplendit de mille feux, peuplée de petits personnages rigolos qui s'engueulent, se saluent de champs en champs, picolent et s'aiment entre eux. Un brave gars (Leslie Fenton, curieusement efféminé) est engagé par un riche agent pour aller faire le jockey aux States, et contraint de ce fait d'abandonner sa douce Irlandaise (Janet Gaynor, mignonette). Neil va emmener sa culture avec lui (entendez : se mettre sur la gueule avec d'autres jockeys), et gagner des courses. Toute sa petite famille viendra le rejoindre pour une dernière course, celle de tous les dangers, avec comme discours "je suis d'Irlande, donc noble, courageux et très musclé". Devinez qui va gagner et qui va épouser Janet Gaynor à la fin ; devinez également dans quel pays ils vont faire leurs noces. C'est ce qu'on appelle une historiette à deux sous, mais le moins qu'on puisse dire c'est que Ford n'a pas d'autres ambitions que celle de réaliser un film tonique et léger, et qu'il y réussit très bien. On peut même dire qu'il dépasse assez largement le cahier des charges, se permettant quelques expériences poilantes avec sa caméra et quelques séquences spectaculaires.

 

vlcsnap_2009_09_14_22h25m02s206Si le carnet de commande est rempli avec soin (comédie, amour, aventures, gags sympathiques), Ford tente des tas d'options de mise en scène qui valent le coup. Avec les intertitres, notamment : parfois joliment illustrés de dessins champêtres taquins, ils peuvent également être "animés" (les cris de joie de la foule disposés en dessin dans le carton), voire être écrit en langue étrangère (le patois irlandais, ou même l'hébreu quand le fameux Juif prie pour la victoire de son canasson). C'est très rigolo, et ça ajoute une énergie agréable à ces passages obligés que sont les intertitres. Les courses de chevaux sont également très tonique, la variété des angles de prises de vue bluffant carrément : plans larges, prises sous le cheval, travellings virtuoses, gros plans sur les jockeys, c'est un festival qui fait exploser les mouvements. Parfois même, Ford se permet de déconnecter complètement de son histoire, juste pour le plaisir d'une audace filmique : la scène quasi-fantastique où le Black se perd dans l'hôpital et délire sur les chirurgiens n'a rien à voir avec le reste, pulvérise tout les rythmes et tout le déroulement de la trame, mais on s'en fout : c'est joli à regarder vlcsnap_2009_09_14_22h42m36s251et rigolo. Le film est donc tout décousu, passant de la comédie pure à la chronique sociale, du film "de sport" à la bluette, mais finalement le résultat est vraiment plein de fraîcheur.

 

Ford fait une vraie déclaration d'amour sincère à son pays et à ses habitants, très maladroitement dans le scénario, très franchement dans sa mise en scène, et on ne s'en plaindra pas, tant il y a de choses à se mettre sous la dent. Une petite bulle. 

Commentaires
G
Petite rectification: je voulais dire The Southerner et non pas Le Fleuve.
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G
En effet, j'entreprends lentement mais sûrement une odyssée fordienne qui a démarré en 2008 avec Stagecoach (claque absolue) et se poursuit aujourd'hui avec environ 40 films du Monsieur déjà visionnés. De ses films muets, 3 Bad Men est pour le moment celui que j'ai le plus apprécié. Et contrairement à ce que mon commentaire un peu cassant d'en-dessus pourrait laisser croire, j'estime jusque-là qu'il n'y a pas de mauvais ford (même What Price Glory a des trucs à sauver ! Pas vu Dieu est mort par contre...). En revanche, j'avoue avoir une opinion un peu plus tiède que la vôtre concernant Frontière Chinoise dont les décors cheap et la mise en scène parfois trop statique, sans parler de certaines actrices littéralement insupportables (l'hystérique Betty Field, pourtant magnifique 15 ans plus tôt dans Le Fleuve de Renoir) m'ont hélas un peu rebuté. Il y a des moments certes superbes (l'intro qui laisse présager un film à la Magnificent Seven et la scène finale d'une formidable noirceur) mais curieusement, je lui préfère de loin Cheyenne Autumn qui est pour moi le vrai testament fordien.
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G
Oui oui, on est d'accord, c'est mineur. Mais vous reconnaissez tout comme moi que les scènes de canassons sont pas mal du tout, et ma foi c'est bien suffisant. Vous vous faites une odyssée personnelle fordienne, Giuseppe ? (3 bad men, énorme, non ?)
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G
Mouais, cette histoire de canasson est quand même bien mineure dans la filmo du vieux mâchouilleur de mouchoirs ! Le bougre en tartine épais quand il s'agit de montrer comme ils sont déconneurs, loyaux et bons vivants ces Irlandais... Les Noirs sont quand à eux tout juste bons à se prendre des mandales ou se vautrer à cheval, la bouche perpétuellement ouverte et les yeux qui louchent ! Certes, c'était un peu partout pareil à l'époque mais quand même. À part ça, la course finale est vachti bien photographiée (à croire que dès qu'il y a des canassons dans le champ, le papi s'enflamme puisqu'on retrouve des séquences à cheval similaires et tout aussi virtuoses dans 3 Bad Men et Stagecoach notamment). Le reste ne m'a pas emballé plus que ça, d'autant que Leslie Fenton et son sourire de momie desséchée se prêtent bien mieux aux rôles de petite frappe.
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