Les Vampires (épisode 8 : Le maître de la foudre) de Louis Feuillade - 1916
Episode impeccable qui prouve une fois de plus l'aspect montagnes russes de la série des Vampires. Cette fois, au rang des évènements, on a droit à un torpillage de bateau depuis une chambre d'hôtel, à l'immobilisation de Guérande par l'immonde Satanas, à Irma Vep qui commence à douter de sa méchanceté face à la bonté des gens, à une bombe à retardement placée dans l'appartement du héros ("tic-tac", explique le carton, et on ne saurait dire mieux), à l'éclatement du nez de Mazamette, et surtout, surtout, à l'apparition de Mazamette Jr, en l'occurence un petit bambin excellent, mélange entre Jackie Coogan et les écoliers de Jean Vigo. C'est franchement un festival, d'autant que Feuillade semble enfin avoir compris qu'il n'est pas besoin de nous expliquer 40 fois les scènes pour qu'on les comprenne : le rythme est rapide et trépidant, et cette fois on est bien pris dans la trame.
Rien de bien nouveau pourtant, puisqu'on a même droit à deux des techniques préférées de Feuillade : 1/ le "remplissage d'écran", qui consiste à filmer un lieu d'abord vide puis à le remplir petit à petit de personnages. Mais ici, c'est un effet particulièrement réussi grâce à la profondeur de champ : deux figurants qui meublent l'arrière-plan pour mettre en valeur le premier, il n'en faut pas plus pour rendre joli un plan a priori pauvre, et rendre très vivant un décor. Ca rompt pas mal avec ces indigences passées, qu'on retrouve d'ailleurs dans quelques cadres parisiens particulièrement plats (Montmartre sans les blacks qui vendent des cartes postales, c'est tout bizarre). 2/ le "split-screen artisanal", en l'occurence deux pièces d'appartement filmées dans un seul cadre à l'aide d'une fausse cloison. C'est vraiment parfait dans cet épisode, avec Satanas qui observe grâce à un masque accroché au mur ce qui se passe dans la pièce à côté, qui d'ailleurs se remplit elle aussi de personnages (on a donc droit à un splendide "split-screen artisanal avec remplissage d'écran"). Ca marche très bien jusqu'à ce que Satanas jette des cuillères par terre : celles-ci passent devant la fausse cloison, c'est ce qu'on appelle un bug.
Bref, c'est du grand niveau technique et trame, avec en plus un festival d'explosions (un bateau, le jardin de Guérande, le nez de Mazamette), une cascade intrépide (un gusse qui saute du premier étage directement dans une traction), et un aspect "mots croisés" très mignon : on décrypte des énigmes codées stylo en main et froncement aux sourcils, et franchement c'est précis (voir les photos). Satanas trépasse sur la fin, mais Irma veille, on n'est pas sortis.




