Les Vampires (épisode 3 : Le cryptogramme rouge) de Louis Feuillade - 1915
Je ne sais pas si c'est dû à la pression inlassable de nos conseillers en feuilladisme (Edisdead, Patience et O.A.), mais le fait est que ce troisième épisode est beaucoup plus regardable que les deux précédents. C'est peut-être grâce à l'arrivée enfin entière de Musidora en Irma Vep : l'actrice est impayable, tout en roulements d'yeux et en petites poses minaudantes qui cachent mal sa félonie affreuse. Sur ses traces, Feuillade trouve enfin un ton plus personnel, délaissant en partie les fades intérieurs bourgeois pour s'enfoncer dans les bas-fonds parisiens, entre bouges enfumés et caves crasseuses. Attention, hein, on n'est pas encore dans le grand film de décors, mais il y a des petites ambiances jolies comme tout (un grand moment de danse notamment, dans le repaire des bandits, une sorte de massacre à base de tirages de cheveux et de grandes baffes dans la tronche). Pour l'essentiel, on reste dans la chambre de Philippe Guérande, mais même là, Feuillade commence à sentir qu'il y a mieux à faire que ces plans fonctionnels habituels, et trouve une jolie façon de faire exister le hors-champ. Il y a trois ouvertures possibles dans ce décor (la porte, la fenêtre et la cheminée), et la mise en scène utilise dans toutes leurs possibilités ces possibilités.
Il y a même, et ça a dû faire s'évanouir d'audace les spectateurs, des plans de coupe. On abandonne enfin ce montage scolaire et laborieux pour trouver une dynamique différente, qui ne se contente pas d'aligner les plans mais trouve de vrais petits mouvements à l'intérieur de chaque scène. Tout ça est encore très timide, mais on y vient. Au niveau du scénario, ça reste très ras-la-moquette, mais là aussi, dans les détails, on s'amuse un peu plus : un félon sourd et muet (encore mieux que dans The Mark of Zorro de Niblo : un sourd-muet dans un film muet), un enlèvement, un stylo empoisonné, un code secret digne des Castors Junior, et toujours notre bon vieux Mazamette, le personnage le plus marrant de la série, qui ne cesse de tenter de s'acheter une conscience à grands coups de documents sur sa moralité (après la photo de ses filles, le certificat de son employeur). On fait aussi la connaissance de la môman de Guérande, pas manchote pour régler leur compte aux méchants, et on assiste à quelques courts plans très jolis sur les toits de Paris ou au bord de puits-passages secrets. La série commence à trouver un ton, je prends.