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19 février 2009

Le Voyeur (Peeping Tom) (1960) de Michael Powell

peepingtom2_1_Très grand film de Powell, chahuté et abattu à sa sortie avant que des gars comme Tavernier en France et Scorsese, Coppola et Lucas l'aient amené sur le chemin de la rédemption. Powell - sur un scénario de Leo Marks, un type qui passait par là - remplace le concept de caméra-stylo par celui de caméra-stylet (ouais j'ai passé un super Noël...) et nous livre un film puissant sur l'imaginaire, la peur, la frustration sexuelle et le pouvoir... des images.

Traumatisé dès l'enfance par un père (joué furtivement par Powell himself...) spécialisé dans les maladies névrotiques, Mark Lewis n'a de cesse de courir aprèspeepingtom_0_1_ cette enfance - tout comme son imaginaire - volée. On voit son père qui se plaît à le traquer constamment dans son sommeil avec sa caméra et une petite lumière blanche et qui teste les réactions du bambin devant le cadavre de sa mère ou en lui jetant dans son lit un gros lézard (là, moi, normalement je serais déjà mort...): s'il le rassure au final en lui essuyant ses larmes, il ne se doute point de toutes les conséquences psychotiques que ces épreuves auront sur l'enfant; Mark Lewis passera sa vie à la recherche de ses émotions perdues, filmant des femmes juste avant de les assassiner à l'aide du pied-épée de la caméra : mêlant images sexuelles fortes (on le voit souvent caresser ou embrasser sa caméra - caméra-phallus, Freud se marre) et horreur totale (les victimes voient leu135902775_c73a115f61_o_1_r image se refléter dans un miroir fixé à la caméra juste avant de lâcher le dernier râle), Powell excelle à nous montrer la psychologie détruite d'un homme devenu incapable de fantasmer et qui cherche à se reconstruire (quête impossible...) en volant les dernières émotions fortes des femmes (actrices, prostituées, pin-up...) qu'il emprisonne dans sa caméra - donner la mort comme acte de substitution à l'impossibilité d'éprouver la petite mort. Autour de Mark Lewis, personnage, froid, fuyant et timide (le germanique Carl Boehm dit le mari de Sissi...), on retrouve une future actrice hitchcockienne (Anna Massey -Frenzy-) l'élément tempérant du film qui essaie de lui donner un semblant d'amour et d'équilibre, Moira Shearer sans ses chaussons rouges et la plantureuse Brenda Bruce. Si les scènes d'assassinats que le bougre se repasse en boucle chez lui sont assez impressionnantes (sans parler du suicide final sous un crépitement de flashs,cultish84_1_ procédé mis en place minutieusement par cet obsédé... des images), si dans l'esthétisme - ce mélange de couleurs vives (dès le premier plan sur la prostituée dans la rue) - on retrouve la patte de Powell, il y a aussi pleins de petits moments qui sont de véritables perles de cadrage et de mise en scène dramatique : les apparitions de Mark le soir à la fenêtre en train d'épier Anna Massey, ces images du miroir déformant monstrueuses, la chute des crayons qui tombent de la poche de Mark alors qu'il filme à leur insu les policiers enquêtant sur le meurtre qu'il vient de commettre, tout est orchestré au millimètre.

Si le film est comparé à Psychose ou à Orange Mécanique, cela n'est point surfait car le film soulève des questions profondes dans les relations entre les troubles de l'enfance (peur et violence), les conséquences sur la vie adulte (frustrations et pulsions sexuelles) et le rôle des images (comme dérivés substitutifs à un imaginaire personnel en panne). Du grand art.   (Shang - 26/12/06)


peepingtomip4Effectivement un très bel essai théorique sur la puissance du cinéma et son aptitude à filmer l'indicible. Mon copain a bien fait le tour des moments virtuoses de ce film éminnemment intelligent, qui arrive à rendre concret un pur concept : le cinéma-vérité. Mark Lewis lutte contre les limites du cinéma, qui veulent que celui-ci soit inapte à enregistrer la mort, et surtout à enregistrer "la peur de sa propre peur". En ce sens, il est un frustré chronique, grande thématique sexuelle autant qu'artistique, que Powell transcrit génialement à travers cette foule d'idées. En ce sens, la dernière scène est assez prodigieuse : le cinéaste qui parvient, au dernier instant de sa vie, à capter cet instant magique, cet auto-portrait en homme terrorisé par sa mort. La multiplicité des allusions sexuelles est toujours bienvenue, chaque rapprochement entre les deux êtres semblant trouver un prolongement morbide dans une scène de filmage montée en parallèle.

2Pour ma part, pourtant, Peeping Tom m'est resté comme un peu trop cérébral, ne parvenant pas à réussir le thriller horrifique visé par Powell. Celui-ci n'est définitivement pas Hitchcock, et rate tout le côté spectaculaire (alors que toute sa réflexion théorique est parfaitement réussie). Les idées affluent, qui auraient pu donner des scènes de suspense brillantes : les rapports entre le cinéaste et une aveugle, son obsession de tout filmer, y compris dans les moments qui le mettent en danger, et ces fameux meurtres au pied de caméra. Les idées sont là, mais l'exécution reste en surface, et certaines scènes semblent presque arriver comme un cheveu sur la soupe et s'arrêter tout aussi brutalement. La séquence où, filmant des policiers, Lewis laisse échapper des crayons de sa poche, ne mène à rien, n'est là que pour les deux secondes de virtuosité technique (une contre-plongée ralentie sur les crayons qui tombent) ; la scène avec l'aveugle ne conduit à aucun rebondissement dans la trame ; et les scènes de meurtre sont coupées très tôt, sans qu'on ait le temps d'être horrifiés ou fascinés. Powell apparaît dans ce film comme un grand auteur, comme un théoricien très intelligent, mais il échoue côté spectacle. Bouddha en aurait fait certainement un autre Rear Window.   (Gols - 19/02/09)

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