Le Parrain III (The Godfather : Part 3) de Francis Ford Coppola - 1990
Suite et fin de la Famiglia, et résultat des courses : Coppola aura réussi à tenir un cap parfait sur près de 9 heures, et livre encore une fois, avec ce 3ème opus, un point de non-retour du film de mafia. Pourtant, cet épisode-là, de loin le plus ambitieux, s'éloigne pas mal des canons du genre : très peu de violence, une thématique de la rémission qui paraît presque inconcevable vues les parties précédentes, une galerie de personnages vieillissants bien loin des gangsters glamour d'antan... The Godfather : Part 3 s'intéresse à "l'après", en se concentrant sur un Michael Corleone dépassé par la culpabilité et la soif de rachat moral.
C'est encore et toujours la transmission qui intéresse Coppola, transmission des valeurs (bonnes ou mauvaises), à travers le choc des générations et l'enregistrement de la fin d'une époque. Après
l'embrigadement du fils dans l'Empire du Mal (premier épisode), après la comparaison entre les deux générations de voyous (deuxième), c'est ici à une complexe passation de pouvoir à laquelle on assiste. Michael a décidé d'être honorable, veut que ses activités autrefois mafieuses deviennent licites ; mais, on le sait depuis toujours, la vénalité et l'ambition sont plus fortes que la culpabilité : en la personne d'un neveu foufou (Andy Garcia, tout à fait à la hauteur de Brando, De Niro et Pacino), la violence va ressurgir. Toute la beauté du film réside dans cet abandon fatigué de l'âme torturé de Pacino dans l'homme sans morale qu'est Garcia. On ne transmet plus, on se débarasse, on se défausse de ses péchés sur la génération suivante. Très belle idée, multipliée à l'écran par un complexe écheveau fait d'anciens amis traîtres, de fidélité familiale, et de rapports entre père et enfants qui partent en sucette.
Michael est devenu l'homme respectable presque terrorisé par le Mal. Coppola enregistre un monde où la violence n'est plus franche, n'e
st plus "saine", mais dirigée par les grandes pointures éclesiastiques et politiques. Les actionnaires sont les vrais ennemis, et les plus grandes scènes de violences ont lieu dans les réunions des grands trusts ou des pontes du Vatican. Du coup, le film se pare d'atours encore plus crépusculaires, lumière or et marron hyper-élégante, musique surpuissante, multiplication d'éléments morbides (la maladie est omniprésente). Coppola assume pleinement l'aspect tragédie de son histoire, dopant chaque personnage d'une puissance surhumaine, et travaillant sur les poses comme jamais : le masque torturé de Pacino dans un des derniers plans est tout simplement immense, alors qu'il aurait pu êre ridicule si les 2h30 précédentes ne nous avaient préparé à cette grandeur-là. Définitivement bigger than life, ce film nous rappelle l'extraordinaire ambition du réalisateur d'Apocalypse Now, qui n'a ici rien perdu de la grandeur de son cinéma. Moins fun sûrement que les deux premiers épisodes, cette fin de saga est sûrement le testament artistique de son auteur : un cinéma est mort, un cinéaste se retire dans la douleur. Immense.
