Le Parrain 2ème Partie (The Godfather : Part II) de Francis Ford Coppola - 1974
Toujours au sommet de sa forme, Coppola affine dans cette deuxième partie ce style mortifère qu'il avait mis en place dans l'épisode précédent. Assez peu de bagarre dans ce volet impérial, mais plutôt de longues conversations à double tranchants dans des fauteuils en cuir, entre truands de plus en plus torves et finauds. L'aspect politique, déjà esquissé précédemment, prend ici toute sa place, Michael Corleone accusant le coup d'un passage du banditisme de rue à un banditisme à grande échelle. On joue avec la guérilla cubaine, on flirte dangereusement avec les sénateurs, on marchande avec des big boss.
La grande idée de The Godfather part II, c'est de mettre en parallèle, justement, la naissance de l'empire Corleone au début du siècle et ce qu'il est devenu en 1950. Jonglant avec maestria entre Vito et Michael, le film enregistre magistralement le changement de méthode. De Niro campe un voyou des rues parfait, et ses mauvaises actions ne sont qu'une manière de survivre, une recherche de respect : Pacino poursuit sa descente aux enfers avec encore plus de sobriété, et semble porter sur ses épaules toute cette métamorphose morale qu'il assume mal. Coppola pulvérise la Famiglia, et isole de plus en plus son personnage dans son univers ouaté, qui tranche inéluctablement avec le petit monde grouillant de vie de son pater. Des rues de New-York pleines de marchands des 4 saisons, de petits bandits sans envergure, et de potes finissant leurs nuits au bordel, on passe sans transition à cet enfer climatisé que représente la maffia moderne, où tout n'est que déception, trahisons, et pertes des valeurs.
Le film est imprégné d'une tristesse glacée, et Pacino est figé dans des poses de dignité que tout autour de lui dément : le frère trahit, la femme se barre, tout n'est que doute et coups fourrés. Le travail sur la lumière est impeccable, prenant en compte cette mélancolie insupportable qui compense toute action fastidieuse. Quand la violence éclate, elle est crue et rapide (l'assassinat du vieux maffieux par De Niro), sans affect. C'est bien d'ailleurs le sentiment qui semble faire défaut à tous ces personnages d'un autre temps, alors que le film déborde de sentiments. Le personnage du frère, notamment, privé de l'envergure de sa famille, est magnifiquement dessiné et parfaitement crédible. Quant à la mise en scène, elle force l'admiration : lente et contrôlée, elle sait se faire très discrètement oppressante le moment venu : il suffit d'une légère accélération du montage, de quelques gros plans rapides sur des visages qui se jaugent, pour que la dangerosité des actes apparaisse en plein, pour que la tension monte d'un cran. Coppola sait nous manipuler en grand maître, nous faire comprendre tout en quelques plans dans cette histoire complexe et secrète. La beauté des décors et des atmosphères et encore une fois la précision du jeu des acteurs font le reste : on est dans le très grand, définitivement.





