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27 mars 2020

Le Goût du Riz au Thé vert (Ochazuke no aji) (1952) de Yasujiro Ozu

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Derrière ce titre éminemment ozuesque, se cache une belle étude des relations de couples et de l'évolution de la société japonaise - en particulier par rapport au mariage arrangé ; c'est peut-être pas le Ozu que je préfère - sans Setsuko Hara, mon coeur vacille moins - mais il livre quelques jolis moments de quiétude, notamment par l'intermédiaire du personnage joué par l'excellent Shin Saburi, mélange de lamantin et de bouddha (je mets une photo pour vous éclairer).

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Le cloisonnement entre hommes et femmes apparaît dès les toutes premières séquences ; Taeko Sakate, kimono de rigueur et raide comme un piquet, ne sait quoi inventer pour passer un week-end dans un spa avec ses amies et sa nièce. Elle raconte un bobard gros comme Carlos vivant pour pouvoir se casser de chez elle ; son mari (Shin Saburi) ne semble pas vraiment dupe, mais semble s'en battre comme de l'an 40. On retrouve nos quatre papoteuses dans des peignoirs couleurs peau de vache - c'est un style -, Taeko n'y allant point de main morte pour se moquer de son sombre mari. Sa jeune nièce en est presque outrée. De son côté, le bon Shin fait quelques sorties en tout bien tout honneur avec un jeune homme frais émoulu de l'université, entre resto et parties de patchenko. Le film suit un rythme paisible, un peu plan-plan, jusqu'à ce qu'on propose un mariage arrangé à la nièce. La chtite se rebelle (vu la tronche de son prétendant, on la comprend), fait faux bond à sa tante et part s'éclater avec son oncle et le jeune homme, assistant à des courses de vélos ou... jouant au patchenko (tous les loisirs dans ce film sont en "o", c'est comme ça). Elle se prend une chasse par sa tante, son oncle fait mine de la gronder (scène ozuesque par excellence) mais la chtite est bien décidée à ne pas se laisser enferrer dans ce genre d'union. On présume déjà qu'avec le jeune homme, cela devrait mieux coller... On la délaisse un peu pour revenir sur le couple-phare des Sakate où décidément rien ne va plus : pour Taeko, non seulement son mari mange comme un porc, mais en plus elle en a plus que soupé de ses désirs simplets. Complètement prisonnière des apparences, elle ne trouve chez son mari que grossièreté et décide de se casser à l'autre bout du Japon sans préavis. Notre Shin prend cela relativement paisible, doit à son tour partir pour un long voyage en Uruguay et prévient sa femme. Elle revient volontairement après son départ, se retrouve un peu bêta chez elle et voilà-t-y pas que son mari revient en pleine nuit, l'avion ayant eu des problèmes de moteur. L'heure de la réconciliation va sonner autour du plus simpliste des repas. Elle est po belle la vie ?

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Si la nièce, boudeuse et volubile, apporte un peu de frivolité, il est clair que sa tante, guindée et étriquée, ne respire pas la joie de vivre ; complètement enfermée dans sa petite vie de luxe, prenant son mari pour un pauvre balourd sans éducation, elle finit par taper un peu sur les nerfs. Heureusement qu'il y a ces deux très jolies scènes, celle où son mari, prenant presque un air coupable, lui avoue ses petites faiblesses - on a l'impression, en 20 ans de mariage au moins, que c'est la première fois qu'ils parlent - et cette magnifique séquence finale où, en l'absence de la bonne, les Sakate découvrent pour la première fois de leur vie LEUR CUISINE : ils partent ensemble en véritables explorateurs dans ce lieu inconnu (gosh !) et la préparation de ce riz au thé vert, ce petit repas simplissime, va finir par ouvrir les yeux de la Taeko et les souder comme jamais. C'est mignon comme tout, alors qu'on craignait vraiment le pire pour l'équilibre du couple... On termine par une petite discussion animée entre la nièce et le jeune homme, scène de rue lumineuse et drôle, qui tendrait à prouver que rien n'est jamais gagné d'avance dans un couple, mariage arrangé ou non. Bon, moi, je vais me faire un thé. CHERIE, l'eau chaude c'est où ???   (Shang - 16/10/08)

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Pas le meilleur Ozu, on est d'accord, tant cette première heure met du temps à installer ses situations, tant Ozu hésite un peu à choisir quelle histoire raconter, tant aussi elle apparaît (cette première heure) un peu hésitante formellement : on a rarement vu autant de travellings et de mouvements de caméra dans un Ozu, mazette. On passe avec fluidité mais sans vraie audace au niveau du montage, d'un personnage à un autre, ou plutôt de groupes à d'autres : la dichotomie hommes/femmes est actée, de même que celle jeunes/vieux. Les femmes, gentiment moqueuses avec les hommes, mais encore très enfermées dans les conventions (pour aller au hammam, il faut mentir aux maris), s'émancipent pourtant assez radicalement, dans cette vision nouvelle du mariage et dans la "crudité" de leur langage (la belle séquence où elles attribuent les noms de leurs époux à des poissons) ; les hommes, eux, encore trop engoncés dans les conventions sociales, encore trop tournés vers le passé (la guerre), ont du mal à communiquer avec elles. Au milieu de ce milieu tellement corseté que l'étouffement menace, on a effectivement la petite nièce, moderne, désobéissante envers les vieux, refusant le mariage arrangé qu'on veut lui imposer ; et le jeune collègue de son oncle, jouant sans scrupule au patchenko. Ces deux-là sont faits pour convoler, ce qui se fera petit à petit (délicieuse dernière scène de dispute muette entre les deux, c'est bon, ils sont lancés sur la voie parfaite du ménage). En attendant, il va falloir des discussions à rallonge avec l'ancienne génération, et une remise en question sévère d'icelle.

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Ca sera le sujet de la bien meilleure deuxième moitié, qui contient toutes les petites et précieuses séquences qui nous font finalement beaucoup aimer le film. Il y a dans ce combat muet entre mari et femme, puis dans cette réconciliation inattendue, un portrait magnifique d'un couple mal marié, qui ne se comprend pas, trop différents dans leurs conceptions de la vie, mais qui n'ont jamais réussi à en parler. Mari trop mou et débonnaire, trop plan-plan et sans autorité, femme légèrement acariâtre qui rêve de liberté et se dresse contre tout ce qui sort de la convention, la communication ne passe plus, jusqu'à cette douloureuse séquence où l'oncle doit partir au Vénézuela et où sa femme n'est même pas là pour lui dire au revoir. Quelques plans courts sur les gens qui font des signes d'adieux à un avion (dans lequel l'oncle et ses sentiments demeurent bien cachés) et ça suffit : le divorce a lieu... sauf que Ozu, décidément optimiste et humaniste, renverse la situation et termine par des scènes miraculeuses de douceur et de pudeur (déjà mentionnées par Shang) qui font rêver de lendemains plus chantants. Il retrouve à cette occasion son style simplissime et épuré qu'on adore tellement, et met tout son soin dans le dessin de ses deux attachants personnages. Au bout du compte, un Ozu pas parfait, non, mais bien émouvant.   (Gols - 27/03/20)

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