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23 septembre 2020

Hélas pour moi (1993) de Jean-Luc Godard

hel025Godard/Depardieu, tout est dit ou faut-il vraiment que je vous raconte une histoire, fasse un billet... Le film m'est passé à trois mille au-dessus et Dieu sait que je sais à quoi m'attendre avec JLG... Je pourrais bien évoquer des bribes d'histoire, ce Dieu-Depardieu qui s'incarne en Simon Donnadieu, des blagues, "Vous savez que Le Manifeste du parti communiste a été publié la même année qu'Alice au pays des merveilles ?", des réflexions, lorsque l'on passe les bras autour du cou d'une personne, on effectue une prière - joli, des anecdotes, étendre la nuit pour passer plus de temps avec la femme aimée, des travellings (celui, sublime, repris dans Histoire(s) du cinéma où l'on suit un bateau sur les eaux du lac alors que tous les personnages sont figés), mais cette oeuvre se place délibérément en dehors de tout ce qui est racontable pour ne pas dire compréhensible pour moi. C'est l'éternel débat, on peut être hypnotisé par sa "poésie" ultra post-moderniste (j'ai fermé les yeux, c'est bien ?) ou simplement pantois devant ce film qui m'est littéralement tombé des yeux à défaut de tomber du ciel. Hélas pour moi de ne pas sentir toute l'émotion ou la profondeur intellectuelle (on ne peut raconter d'histoire, on ne peut évoquer l'invisible, qu'est-ce qui nous reste putain ?) de cet opus. Ne nous formalisons point, on y reviendra sûrement un jour dans de meilleures "dispositions" (fallait pas que je m'y attaque allongé mais debout, la tête dans les nuages...)   (Shang - 21/05/08)


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On est d'accord : ce n'est pas le meilleur Godard, loin de là, et le film se perd dans des circonvolutions incompréhensibles et de la poésie mystique très fatigante. Mis à part la longue scène centrale, où Dieu semble avoir pris la place de Simon (Depardieu) et qui donne lieu à de magnifiques plans un peu simples, un homme une femme et c'est tout, on s'ennuie pas mal devant ces élucubrations érudites à mort. On reconnaît ça et là des thématiques chères à notre JLG : la mort de l'art, la suprématie de la littérature sur le cinéma, ce putain de concept d'histoire qu'il faut bien raconter à partir du moment où on fait un film... Mais tout ça est enseveli sous les références, Godard n'ayant cette fois-ci que peu de goût pour les raccourcis poétiques ou les correspondances magiques. On a l'impression d'un film purement cérébral dans ces longues séquences chez le libraire, dans ces dialogues finauds dans une gare, dans ces jeux de mots à rallonge le long des forêts ou dans ces tergiversations autour du cinéma de Straub, des livres de Conrad ou de la peinture de Klimt. Au milieu de tout ça, notre Depardieu a l'air tétanisé par ce qu'il a à jouer (contrairement à la bande de jeunes acteurs, très à l'aise de leur côté avec la poésie absconce de Godard). Il fait ce qu'on lui demande sans comprendre le début de ce qu'on lui demande, ça se voit à sa tronche renfrognée tout du long. Pourtant, Godard parvient de temps en temps, justement par cette violence qui lui est faite, à nous montrer un Depardieu assez nouveau. On ne l'avait jamais vu dans ce registre, dans cet emploi de personnage-symbole, dans cette non-incarnation. Et c'est là qu'on se dit que, quand même, on a là un sacré comédien, qui parvient à imposer une présence, une densité, un caractère, à un rôle abstrait et incompréhensible. Godard le torture à loisir, tout content de "se payer" une star, comme il l'avait fait précédemment avec Delon (mais pour un résultat beaucoup plus convaincant). Et on a l'impression d'assister parfois à un combat de coqs entre ces deux monstres sacrés plus qu'à un film très réfléchi. Peut-être, on a le droit de le penser, que ce film-là n'est tout simplement pas assez réfléchi et guidé uniquement par l'événement d'avoir Depardieu à filmer et de le filmer comme un quidam banal (le gusse ne fait la plupart du temps que traverser l'écran en balançant quelques phrases énigmatiques).

helas-pour-moi

Cependant et nonobstant et malgré tout, on a quand même là-dedans de quoi se contenter le regard. Au niveau de la pure mise en scène, Jean-Luc fait plus que le job. Chaque plan est cadré avec une méticulosité et une beauté sans égales, que ce soit dans les plans fixes, qui adoptent toujours la bonne distance pour cadrer à la fois la nature florissante et les personnages qui s'y ébattent, ou dans les amples mouvements d'appareil. Les travellings sont effectivement somptueux, celui cités par mon camarade mais aussi celui qui démarre sur un enfant et qui se prolonge avec toute une suite de personnages qui marchent dans la campagne. Hélas pour moi est magnifique à regarder, à défaut d'autre chose, et jusqu'aux costumes ou aux coiffures, tout est pensé au millimètre pour être beau (comme un dieu). La très belle image de Caroline Champetier, la présence du lac, les jolies jeunes filles font oublier que le film peine à transmettre quoi que ce soit en termes de réflexion. Un Godard en partie raté, en tout cas dans son fond.   (Gols - 23/09/20)

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God-art the cult

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