Woyzeck (1979) de Werner Herzog
Tourné dans l'urgence (en à peine 18 jours et monté en 4), tout juste cinq jours après la fin du tournage de Nosferatu, Woyzeck est un film coup de poing - au moins dans son dernier quart d'heure. Herzog, sûrement lassé pour un temps des tournages surhumains, livre un film frontal sur le coup de folie d'un homme écrasé par la société. Si le petit monde figé, comme glacé, de cette bourgade située au bord de ce grand lac paisible, peut faire penser parfois aux images de Coeur de Glace - caméra fixe, longs plans-séquences - on retrouve ici, dans le fond, des thèmes qui ne sont pas sans faire penser en particulier à Signes de Vie, le premier long-métrage d'Herzog : entre Woyzeck et Stroszek (déjà le
nom du soldat dans Signes) il n'y a qu'un pas (ou un Stro), et on retrouve la même vie d'un petit soldat, livré à ses supérieurs et isolé dans son monde, qui finit, après une échappée belle dans la nature, par péter un plomb. Woyzeck c'est quand même avant tout Klaus Kinski qui dès la première seconde, faciès tétanisé, corps complètement engoncé, physiquement et psychologiquement dominé par son chef ou le soi-disant docteur qui dans le cadre d'une expérience ne lui donne à manger que des pois (!), est fracassant de justesse. Le regard de Kinski dans ce film, c'est quand même un truc à faire des cauchemars pendant deux semaines; une fois qu'il vous capte, on a l'impression qu'il ne vous lâchera plus... Le film repose entièrement sur ses pauvres épaules humiliées et son coup de sang final (qui n'est pas sans rappeler en passant certains propos d'Herzog sur les coups de colère violente de sa jeunesse qu'il a su tempérer) est proprement terrassant. Certes le film développe au départ un faux rythme, il peut paraître même un peu malaisé de pénétrer ce monde et ces personnages tout en façade - j'ai battu de la paupière, il fait une chaleur à crever faut dire - mais il y a quelques plans, notamment sur la fin, d'une vraie fulgurance qui laisse pantois. Peut-être pas le Herzog le plus facile d'accès, mais une pierre importante et résolument plus spontanée dans l'édifice du réalisateur, détachée des contraintes capricieuses de pluies tropicales.
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