La Naissance de l'Amour de Philippe Garrel - 1993
Le Vent de la Nuit tenait miraculeusement sur la corde raide du cinéma psychologique, sans jamais tomber dans le nombrilisme exacerbé ; La Naissance de l'Amour y plonge avec un saut de l'ange en prime, et s'y vautre avec délice. Proprement insupportable de triturage de noeud, c'est l'archétype de ce cinéma de dialogue et de psychologie d'étudiant en socio : on énonce des platitudes (que c'est dur de concilier vie maritale et liberté, que c'est difficile d'être père, que les hommes et les femmes sont différents, ô combien l'amour est fragile, blablabla) dans un noir et blanc très art et essai (Raoul Coutard à la palette), on se prend le chou sur fond de musique épurée (John Cage au clavier), on engage un acteur à cachet (Léaud comme référence) et emballé c'est pesé, on a droit à la couverture des Cahiers. Sauf que là, le film tombe littéralement des yeux.
Garrel se prend pour un cinéaste maudit, et à force d'affirmer son génie on a fini par le convaincre qu'il avait des choses à dire. Du coup, il ne se gêne pas pour étaler une succession de clichés sur les rapports amoureux : les hommes sont des vieux beaux forcément artistes, forcément tristes, forcément inadaptés au
monde moderne, et forcément irrésistibles aux yeux des femmes ; elles tombent sous leur charme comme des mouches, en restant bien dans leurs emplois d'admiratrices fascinées : une jeune groupie qui se jette dans le lit du héros, une épouse au regard fier et au visage torturé pour illustrer le personnage de mère, une femme qui quitte son homme pour partir avec un amant... Garrel surcharge les rôles masculins, et vide les rôles féminins, dans une sorte de machisme qui se donne des airs de compréhension humaine. La Naissance de l'Amour est une masturbation solitaire : on comprend bien que Garrel se pose des tas de questions sur sa place dans la société, sur ses rapports avec les femmes, mais était-il bien nécessaire d'en faire le 22000ème film sur le sujet ? "Ca te dérange si je te raconte des choses qui ne te regardent pas ?", murmure le personnage principal à sa maîtresse d'une nuit. On n'a vraiment pas envie de répondre, comme elle : "Ca me regarde, puisque tu m'en parles." On se sent totalement extérieur à ce film de vieux beau, ringard et énervant. Beuarkk !
Garrel soûle ou envoûte ici