¡ Que Viva Mexico ! (Da zdravstvuyet Meksika!) (1979) de Sergeï M. Eisenstein
Il est certes des lendemains plus difficiles que d'autres (donne vraiment mal à la tête cette bière) et j'avoue que c'est un peu avachi dans mon fauteuil que je me suis attelé à la vision de ce fameux film maudit d'Eisenstein. Finalement monté en 1979 par son pote Grigori Aleksandrov, il semblerait que ce dernier ait fait du bon boulot en se basant sur les notes et les croquis laissés par Sergeï.
Après quelques gros plans sur des statues de profil avec, sur la même image, en comparaison, un vrai Mexicain pour prouver que cette inclinaison du nez est tout de même remarquable depuis les temps les plus anciens - ouais et ?... - on entre dans la première histoire, au doux royaume de Sandunda : des jeunes filles seins nus totalement alanguies, des couples vautrés dans des hamacs, des parallèles animaliers avec des perroquets qui se bécotent ou des hérons qui se lissent le poil comme les jeunes filles les cheveux, on se croirait presque dans Tabou, tant ces images de paradis perdu respirent la jeunesse et la beauté. Jusque là tout allait bien, et puis je crois que c'est là que j'ai décroché (on a pourtant à peine passé le premier quart d'heure...) : on filme le mariage de Concepcion avec son moustachu de mari (moi les noces, ça m'a toujours ennuyé plus que tout), bon, toutes les jeunes filles semblent bien s'amuser avec leurs collerettes qu'elles enlèvent et remettent huit fois pour la caméra, Eisenstein tente des plans au montage subtil enchaînant le collier en or de la mariée avec une balançoire : ouah, même forme (mais ces correspondances tout à fait gratuites peuvent aussi lasser). Bref, po vraiment sous le charme.
Pas de bol, on enquille avec une fête de la Sainte Vierge de Guadeloupe qui mèle "rites païens et chrétiens" - tous les masques font peur - et arrrrgh une corrida. J'ai dû aller me lever pour prendre un quatrième cachet, pour avoir une chance de supporter la scène. Pauvres bêtes quand même. Eisenstein essaie cette fois ci des scènes genre "vision subjective du taureau" en faisant précéder sa caméra de deux cornes et l'effet est un peu ridicule - elle casse complètement le rythme de ces images sur le vif. C'est d'ailleurs justement là que le film achoppe: on ressent trop la volonté de demander la pose pour trouver LA bonne image et le trait est parfois un peu forcé; comme si la mise en scène finissait par tuer le naturel de ces bonnes gens. Il y a définitivement quelque chose de factice (on est toujours le cul entre deux chaises, docu ou "romance") qui m'a empêché de rentrer dans ce film à un quelconque moment. Autant parfois je suis à genoux devant des images d'esthète autant là prffft... ren de ren (la bière, la fatigue, mon chat qui me cache les sous-titres ?...).
C'est d'ailleurs ce qui m'a presque rendu pénible la vision du troisième épisode, l'histoire d'un jeune paysan qui veut venger sa fiancée violée par le type d'une hacienda; rapidement mis en déroute, on assiste à une chasse à l'homme dans les cactus : western mexicain vintage, bof, puis arrestation de trois types qui seront enterrés jusqu'au cou avant que des sabots de chevaux ne foulent leur petite tête. Là encore, c'est terriblement affecté, on croit pas une seconde à cette fiction et malgré des plans impressionnants - ces trois corps de jeunes hommes tendus vers l'horizon, ces cieux qui envahissent l'image...- je suis resté de marbre. On nous achève avec une fête des morts, crânes à tous les étages, danses désarticulées joliment filmées, une séquence qui m'a rappelé le début d'Under the Volcano, ce qui confirme que je n'étais pas totalement endormi.
Bref, ce "chef-d'oeuvre retrouvé" ne m'a point passionné, ça arrive, et je peux même pas me rattraper avec une petite tequila frappé - de toutes façons, ne me parlez point d'alcool jusqu'à, minimum, demain matin...



