Six Degrés de Séparation (Six Degrees of Separation) de Fred Schepisi - 1993
Petit film intrigant et particulièrement personnel que ce Six Degrees of Separation. Fred Schepisi y flirte avec la farce sociale à la Woody Allen, tout en distillant une atmosphère quasi-fantastique tout à fait bienvenue, et en n'oubliant pas d'ajouter une louche de politique et un doigt de contestation. Sutherland senior et Channing sont un couple aisé de NY, amateurs d'art et passionnés d'argent. Ils vont recevoir la visite de Will Smith, tombé d'on ne sait où. En une nuit, celui-ci va changer leur vision de la vie, à la manière d'un ange pasolinien. Cette parabole se double d'une intrigue policière particulièrement bien racontée (qui est vraiment Smith ? Sidney Poitier est-il vraiment son père ? D'où lui viennent ses bonnes manières et sa culture ?)
Schepisi réussit le coup audacieux des ruptures de rythmes et de tons incessants : d'une scène heurtée (très belle utilisation des flash-backs, considérés réellement comme des flashs, et qui sont montés très nerveusement, dans un rythme de récit lisible et naturel), on passe à un long monologue sur L'Attrape-Coeurs ; d'une séquence toute en émotion rentrée et en renoncements métaphysique, on passe à une scène de pure comédie (hilarante séquence de confrontation entre adultes et enfants, où Schepisi ose dire que les derniers sont souvent encore plus cons que les premiers). Six Degrees of Separation prend son temps et garde son cap pour installer une atmosphère étrange, et on sent qu'il se dirige avec volonté vers ce qu'il veut dire, mais sans
nous dévoiler tout d'un coup. Au contraire, il passe son temps à nous emmener sur de fausses pistes, à nous faire croire qu'il n'est qu'un simple divertissement, pour mieux nous assommer au dernier moment : on a bien eu droit au final à un portrait assez vitriolé sur les rapports des classes et des races, sur la vision des minorités par la grande bourgeoisie, et sur les affres de la filiation. Le couple d'acteurs, en plus, s'en donne à coeur joie, force le trait mais sans jamais perdre en crédibilité. Will Smith est moins bien, mais n'est là qu'en tant que symbole et remplit ce rôle honorablement. Bref, c'est à voir, ça ne ressemble pas à grand chose d'autre, et c'est plutôt réjouissant.