Le Pornographe (Jinruigaku nyumon: Erogotshi yori) (1966) de Shohei Imamura
En terme de sexualité, on ne peut pas dire qu'Imamura s'embarrasse vraiment de quelconques tabous : il y a dans Le Pornographe au moins 342 idées qui seraient censurées dans un film américain de nos jours ; bon certes il pousse le bouchon un peu loin et il y a de quoi faire perdre le sommeil à tout bon vieux puritain.
Subu vit chez une veuve que surveille d’un œil hagard une carpe qui serait la réincarnation de son feu-mari (rien que ça déjà, c’est bon, d’autant que plusieurs scènes sont filmés de son point de vue – quand la carpe s’oppose à un truc, elle saute de son bocal) ; son beau-fils Koichi souffre d’un petit problème Oedipien, venant de temps en temps rejoindre sa mère au lit - à 20 ans ça déconne ; sa belle-fille, elle, n’a que 15 ans mais c’est justement là où le bât blesse parce que notre ami pornographe se laisse entraîner avec elle sur une pente très savonneuse. Bon. Et pourtant Dieu sait que Subu ne pense pas à mal : il considère ces différents petits trafics pornographiques (il est dans tout : des films sur commande, des aphrodisiaques, des enregistrements, des photos, la totale) comme des bouées de sauvetage pour tous les pauvres quadra et quinqua en manque ; c’est vrai que le fait de tourner un film porno avec une jeune fille de 15 ans, mentalement retardée, avec dans le rôle du héros-violeur son vrai père, je comprends que cela fasse grincer des dents – mais Imamura traite son sujet avec un tel humour ultra-caustique qu’il parvient à faire passer la pilule (oui je sais c’est po moral, bonnes âmes). Tout comme cet homme qui lui commande une vierge car il en a marre depuis 40 ans d’être toujours le second – j’imagine bien un remake avec Poulidor.
Le fait que le film soit en fait, dès le départ, la projection d’un film rend le spectateur à la fois complice du voyeurisme du pornographe mais aussi doublement spectateur-voyeur de ce « spectacle ». Chez Subu la perversion n’a que de peu de limite : son projet final, qu’il décide dans un éclat, est de fabriquer une femme robot, un projet qui va l’emmener aux confins du délire… Si le film a tendance à perdre beaucoup de son rythme dans la dernière demi-heure, on assiste malgré tout avant cela (en 66 qui plus est), à un véritable pavé dans la mare japonaise. (Shang - 10/11/07)
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Ah oui, il dépote, le brave Shohei, dans ce film qui ne s'interdit rien pour pointer les pathétiques désirs masculins, et pointer surtout leur impuissance à les satisfaire. Le désir pour les femmes et la descente vers la perversion, le tabou, l'interdit, semblent épouser la montée économique du pays. Tous les rapports au féminin sont asservis à l'argent, au commerce : qu'est-ce que je peux acheter avec telle somme, combien coûte tel acte, cette femme acceptera-t-elle mes perversions si je lui fais des cadeaux ? La femme est devenue une marchandise comme une autre, au service d'hommes frustrés qui continuent à fantasmer sur elle. Autant dire que le tableau de la société nippone confectionné ici par Imamura fait froid dans le dos. Pour l’illustrer, il fabrique une symphonie de plans éloignés, souvent filmés à travers une petite ouverture qui occulte presque tout l'écran, ou à travers l'eau d'un aquarium ou la vitre d'un bar. Il faut voir comment il montre en un seul plan l'asservissement de la femme aux hommes : d'abord une femme derrière une vitre dans un lieu public, puis une horde d'hommes qui l'encerclent de plus en plus avant de la faire disparaître complètement. Des loups. Ces plans larges alternent avec des plans très rapprochés, où les visages des hommes sont souvent monstrueux, réduits à leur rapacité, à leurs obsession. Le pire est que tout ça est loin d'être horrible : Imamura charge tout d'un humour complètement saugrenu, d'un rythme parfois proche d'un bon vieux splastick. Le Pornographe n'est pas un film qui s'apitoie, c'est un film qui montre, crûment, et montre comme si ce qu'on voyait était normal, convenu, admis, dans une société moderne complètement vérolée. Le ton juste est trouvé pour parler de la "démocratie" brandie à chaque nouvelle perversion pour la justifier. Politique et punk, drôle et dérangeant, libéré et amer, voilà à mon avis le film idéal pour avoir une idée du Japon interlope des années 60. (Gols - 05/09/26)
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